Citoyens ! Rappelez vous de Valmy, cette formidable bataille qui avait donné la victoire à des Français dopés à la gnôle, alors que des Prussiens gorgés d’olives leur ayant donné la courante virent arriver devant eux du haut de la colline un nombre incalculable de soldats…Avec l’effet combiné du soleil, des problèmes gastriques (sic) et d’un peu de réussite, nous fûmes sauvés.
Bref.
C’est quoi le lien avec Quaero vs Google ? D’abord nous sommes au lendemain d’une révolution, et on en est pas encore sortis, d’ailleurs (na). Ensuite, Google contrôle un peu 90 % de nos recherches (nana). Enfin, Quaero pense vraiment pouvoir concurrencer l’ogre (nananère !!!). Je cite ici le site Quaero :
Quaero est un programme collaboratif de Recherche et Développement, centré sur l’usage de contenus numériques multimédias dans des environnements professionnels et grands publics : extraction automatique d’informations, analyse, classification et exploitation.
Les travaux de recherche ont pour objectif la compréhension automatique et la gestion de quantités illimitées d’informations multimédias et multilingues, qu’il s’agisse de textes, de parole, de musique, d’images ou de vidéos.
Quaero a été créé pour répondre aux nouveaux besoins d’analyse des contenus multimédias en provenance du grand public et des professionnels, dans un contexte d’explosion des informations numériques accessibles à tous via PC, télévision ou terminaux de poche.
Bravo sur le principe; maintenant des gens comme Loïc Lemeur nous donnait déjà en 2006 10 raisons pour lesquelles Quaero courrait à sa perte.
1. Une marque très mauvaise.
Peu de personnes savent l’épeler correctement d’emblée et les personnes à l’origine du projet n’ont même pas été capables d’obtenir Quaero.com qui appartient à une entreprise. On m’expliquera que ce n’est pas grave puisque rien n’est en ligne et que Quaero n’a pas vocation à exister autrement qu’un “grand programme industriel” mais je ne suis pas très convaincu par cette réponse.
OK Loïc, alors pourquoi tu nous en parle ? :p
2. Centralisé et fermé.
Peu de projets centralisés à ce point réussissent. Le web est décentralisé par essence et constitué en réseau à la fois de contributeurs et d’utilisateurs. Observez par exemple la manière dont Firefox réussit à gagner des parts de marché contre Internet Explorer, ou encore bien sûr Wikipédia. Ces deux derniers sont le fruit de milliers de contributions totalement décentralisées et ouvertes (plug-ins, API…).
OK pour l’idée qu’avec la culture Open Source, une voie alternative à un programme de ce type aurait pu naître (et existe déjà). Néanmoins, les programmes militaires sont-ils ouverts aux contributions ? Pourtant, nombre d’innovations proviennent d’eux…D’autant plus que Quaero est “coordonné par le groupe Thomson, acteur mondial des technologies de l’image dont plusieurs filiales françaises et allemandes collaborent avec 22 autres partenaires. Grâce à QUAERO, Thomson enrichira à terme son offre commerciale pour les plateformes de distribution de contenus audiovisuels sur protocole Internet (télévision sur IP, vidéo à la demande, etc.) et pour les systèmes de gestion de contenus multimédia numériques. La clientèle visée par Thomson se compose notamment des opérateurs de réseaux IP, des diffuseurs de contenus et des studios de production cinématographique.“(source ici). Le but est donc de faire de l’argent, donc d’être efficace, donc de satisfaire les besoins d’un marché. Allez, on y croit.
3. Secret.
Quaero est tellement secret que finalement je n’ai trouvé personne capable de vraiment expliquer ce dont il s’agit. Avec l’évolution d’un monde de médias de masse vers celui d’une gigantesque conversation dans laquelle des millions d’internautes s’expriment tous les jours la seule manière d’évoluer de manière efficace est de manière transparente et avec les futurs utilisateurs du produit. Regardez comment Google a élaboré Gmail comme beaucoup d’autres initiatives, en les ouvrant le plus tôt possible et en laissant tester un maximum de personnes. Celles-ci donnent leurs avis et critiques en permanence et font évoluer le projet en fonction de ce qu’ils veulent réellement. La période où l’on concevait un grand projet de manière secrète en espérant qu’il répondra aux besoins des Internautes est révolue, il faut le construire avec eux. C’est aussi la démarche adoptée depuis le début il y a trois ans dans le même domaine le moteur de recherche de blogs Technorati.
Pas faux, c’est assez opaque. Par contre, Loïc, arrête de faire la promotion du Web 2 et de ton expertise sur le sujet, on a compris
. Par ailleurs Quaéro “est en fait essentiellement un projet de recherche, sur le modèle des projets de recherches européens, mêlant partenaires industriels, académiques, et PME. Il s’agit de développer de manière importante la recherche française en matière de recherche d’information multimédia“(wikipedia). Ah mince, on est plus à Valmy alors ?
4. Pas de buzz, pas d’adoption
Le darwinisme est la voie naturelle des projets internet, une sélection naturelle se fait par l’adoption des utilisateurs dès le début. Si le projet plaît, il réunit dès le début une véritable communauté autour de lui, sinon il disparaît. Skype a franchi le cap des 100 millions d’utilisateurs quasiment sans aucune publicité en basant son succès sur le bouche à oreilles dès son lancement et avant même d’avoir un produit réellement fiable. A contrario, personne ne sait ce que Quaero est réellement et quand il sera lancé. Pire, si vous cherchez un peu, vous trouverez que “Quaero c’est Exalead” des mots de son Président. Si le moteur de recherche exalead semble avoir bien des qualités son adoption par les internautes et le trafic qu’il génère est loin d’être convainquant pour un projet si bien financé.
Entre 2006 et maintenant, les présidents ont changé, et si Buzz il doit y avoir, ce sera quand Quaero sera lancé avec des objectifs clairs(le 17 mars…). D’autre part, on assiste à une oligopolisation sur certains marchés liés au web, confirmant qu’on atteint une certaine phase de maturité…Des “second movers” peuvent donc avoir une chance de s’imposer ?
5. Une galaxie d’acteurs qui ne se sont pas illustrés sur les dernières innovations Web
Environ 25 organisations se partagent les 260 millions d’euros annoncés (on lit parfois 90 millions, les sources sont incertaines). Même si beaucoup d’entre elles ont une excellente réputation en général, je ne vois rien qui fassent d’elles des acteurs innovants du “Web 2.0″ aujourd’hui. A titre d’exemple, je ne les vois pas impliquées dans les standards qui se développent le plus vite aujourd’hui, comme le RSS ou encore le tagging. Elles semblent absentes du nouveau web qui se définit aujourd’hui.
C’était en 2006, et je crois que c’est toujours d’actualité…
6. Pas vraiment international
Jacques Chirac a présenté Quaero comme une initiative franco-allemande alors que Deutsche Telecom vient d’annoncer son retrait du projet en tant qu’acteur, adoptant une simple position d’observateur. La plupart des acteurs sont français, ce qui n’est évidemment pas un problème en soi mais en quoi est-ce un projet franco-allemand ou international ? Pourquoi ne l’avoir pas voulu européen ?
Ce n’est pas international, c’est eu-ro-pé-en, sisi, c’est écrit dessus !
7. L’histoire sans fin ?
Quaero a été annoncé comme un projet sur cinq ans alors que Google n’a que 8 ans: ou sera Google lorsque nous lancerons enfin ce moteur de recherche ? Loin devant. Dans cette video de Jean-Michel Billaut, François Bourdoncle Président d’Exalead décrit le “programme” de manière très rassurante comme “un missile à têtes multiples” et admet en même temps qu’il n’a aucune idée de la date de lancement. On lit aussi qu’il devait être présenté au public début 2006 et nous attendons toujours de voir du concret.
Oui, c’est sûr que Google (mais de quel Google parle-t-on ?) est à des années-lumières. Alors que faire ? Attendre ? Tenter de fédérer ?
8. Pas assez d’euros.
Microsoft est presque inexistant dans la guerre des moteurs de recherche alors qu’il investirait 1.1 milliard de dollars uniquement en 2005 sur son moteur MSN Search. Ou comptons nous aller avec 260 millions d’euros ? Google a généré plus de deux milliards de dollars de revenus au trimestre dernier. Nous lançons un concurrent qui arrivera cinq ans en retard avec cinquante fois moins de budget… Et encore, Skype a démontré que l’on pouvait lancer des projets adoptés par des masses d’utilisateurs avec peu de fonds, mais avec une forte adoption dès le début, voir le 4. plus haut, mais c’est une autre démarche.
Argument clé.
9. Les euros des subventions ne valent pas les euros du capital risque.
Peut-être que personne n’a dit à Jacques Chirac que Yahoo! et Google avaient été démarrés par des étudiants d’université dans leurs chambres. On n’a pas du lui expliquer non plus comment fonctionnait l’industrie du web et le rôle des business angels et des capitaux risqueurs. Evidemment, cela se saurait si c’était le cas, il serait bien plus facile pour un entrepreneur de trouver des fonds en France, mais je m’égare. Où sont les entrepreneurs et financiers qui connaissent l’Internet autour de Quaero ? Ils ont un rôle clé dans les startups en les guidant au quotidien et en leur faisant bénéficier de leur expérience. Ils sont orientés vers les résultats et ne connaissent pas les lourdeurs politiques et administratives, ils sont prêts à pousser un entrepreneur à réinventer son projet s’il ne démarre pas comme prévu. Trop de politique au sein de 25 acteurs fortement subventionnés par l’Etat -et passant probablement trop de temps à se battre pour qui sera le plus bénéficiaire de cette pluie d’euros publics- semble bien déjà amener un résultat invisible à ce jour.
Je ne tomberai pas dans le débat idéologique. :s
10. Google est en réalité mille startups.
Ceci n’est qu’un aperçu du nombre incroyable de projets au sein de Google. La société toute entière fonctionne comme un immense réseau de startups dans lequel chaque salarié est incité à développer sa créativité s’il le souhaite. C’est une des raisons pour laquelle Google est si innovant. Pourquoi ne pas adopter la même démarche plutôt que de tout centraliser et combien de startups pourrions nous aider à lancer avec 260 millions d’euros ? (…)
Google est une start-up qui mélange désormais ses équipes avec Publicis. Drôle de start-up ? (ou alors Publicis est elle aussi une joyeuse start-up, ce qui ne devrait pas forcément plaire à tout le monde, à moins que Thomas Clément ne nous vende ça comme un état d’esprit fun).
Tout ça pour dire : pour une fois qu’une initiative de ce type est lancée, attendons de voir ce qu’ils sont capables de faire…









Thursday, March 13th, 2008, 09:55 | 



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