Monthly Archives: April 2008

Identité numérique, visage de poupée et avatar

Citoyen ! Jeff Ruiz vient de mettre en ligne le mind map de l’Identity Camp de samedi dernier :

Renaud, d’Identités Actives, en a livré l’analyse suivante :

“En premier lieu, si la gestion de sa marque n’est jamais complètement maîtrisée, elle est en tout cas un acte conscient et actif de la part de l’individu. En cultivant sa marque, l’individu s’engage profondément, pour le meilleur comme pour le pire (…) Rester neutre ou prendre le risque de se tromper, voilà en fait le fond du dilemme (…) Deuxième constat, celui que les motivations à gérer sa ou ses marques sont encore floues.”

Finalement, se considérer comme un objet à marketiser ? “Je est un autre”, disait déjà Rimbaud…qui a sa page de fan sur Facebook ! Problème problème, citoyen, c’est qu’on a beau essayer de contrôler un peu notre “réputation”, notre nom, voire même son “honneur” (à ce propos, demain, je te publierai le compte-rendu de la conférence Web et politique, organisée par les anciens d’HEC ce soir, avec Nicolas Princen, Versac etc.), on est intimement réels, ancrés dans un capital social.

Alors comment donc le marketiser, ce réseau social, ses amis, ses habitudes ? Et d’abord, le veut / peut-on vraiment ? A partir du moment où je commence à vendre mon nom on the web, une part de “moi” part dans les méandres des flux et des agrégateurs, non ? Finalement, je pense qu’on ne peut se marketiser activement que si on a un projet lui aussi…actif, au sens où être fort sur Google, c’est faire monter des gens on board, dans son petit navire, et que les gens ne montent à bord que si je propose une histoire sympa, une véracité de ma part, un petit pastis des familles. Alors le moi publique web-ique, ce ne serait qu’une tête de pont vers une entreprise spécifique, vers un but commun ? Peut-être bien.

Allez, soyons fous, des chercheurs sont en train de nous mettre des petits capteurs pour essayer de rentre un peu plus humain les avatars / robots. De rendre un peu plus humain notre représentation marketisée de “nous” sur le Web ? Lu sur l’Atelier :

[le robot] adoptera alors un ton pertinent et adaptera son comportement à celui de l’utilisateur. D’autant que le dispositif, évolutif, pourra apprendre et affiner à chaque discussion sa perception de l’autre. “Aujourd’hui, quand nous nous adressons à une machine, nous adoptons un mode de communication qu’elle est capable de  comprendre. Grâce à ce type de projets, c’est la machine qui s’adaptera au mode de fonctionnement de l’homme“, souligne Roddy Cowie.

[youtube YTauaYMI7Lo]

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"Bricolage relationnel", nouveaux rapports sociaux, et droit à la tendresse ?

Marion, c’est un peu une prêtresse des nouveaux rapports sociaux en moins opaque que Bourdieu, en plus synthétique que Foucault. Lu ce matin donc :

“On fait du bricolage relationnel. Toujours plus ou moins quelque chose en tête, que ce soit quelqu’un ou les restes d’une vieille histoire qui se traine en longueur, mais au final il n’y a rien de concret. On rapièce, on se fuck-friend, on invente de nouveaux concepts pour avoir nous aussi droit à un peu de tendresse.”

C’est fort. Zygmunt Bauman, sociologue allemand de son état, et maître à penser de feu mon mémoire de fin d’études (wow), parlait déjà de “l’amour révocable à la demande” :

@Moynot et Lizanot

En clair, je m’autocite (oui oui ça va les chevilles :p ) :

Zygmunt Bauman cherchait à distinguer une « modernité solide » d’une nouvelle « modernité liquide ». La « modernité solide » désignait une époque où les accidents, les risques, ou encore les imprévus étaient des désagréments temporellement limités. Ils pouvaient être anticipés par un comportement rationnel de type coûts/avantages, et par un processus d’apprentissage : les erreurs passées ou les expériences de comportements inefficients étaient vouées à disparaître par la connaissance de leurs modes d’apparition. L’individu disposait de suffisamment de temps pour réduire les incertitudes et élaborer plusieurs hypothèses différentes. Or selon Bauman, cette relative rationalité du fonctionnement du monde s’est progressivement détériorée au profit d’une « modernité liquide ». Le changement serait devenu la condition permanente de la vie humaine. Sur le marché du travail par exemple, le développement des contrats à durée déterminée et la possibilité de plus en plus grande de perdre son emploi ont radicalement modifié les stratégies des acteurs. Le mythe du même poste à vie a d’ailleurs aujourd’hui complètement disparu. La gestion des risques se fait désormais quasiment en flux tendus : l’individu calcule en temps réel dans un univers perpétuellement changeant ses choix. Il doit de plus en plus en appeler à sa propre responsabilité individuelle plutôt que de se retourner vers des structures sociétales. Cette accélération des opérations de calculs a au moins une répercussion forte : elle rend la capacité d’anticipation des risques extrêmement sélective, et partant peut laisser sur le côté certains groupes ne disposant pas de la même capacité d’expertise.

On a tellement de choses importantes à gérer en même temps, damn hell, tellement d’incertitudes sur lesquelles il est bon de surfer, que finalement, l’amour aussi passe en mode réversible. En mode fluidifié.

Morceaux choisis :

T. : “Déçue par certains comportements ces derniers jours, je crois que je vais aller me faire cuire un oeuf toute seule et laisser les autres continuer leur vie sans m’en soucier. En fait ma conclusion c’est que je dois souvent sauter sans filet et que j’aimerais bien que quelqu’un me rattrape parfois. Je vais aller manger mon oeuf et jouer avec mon komboloi. Bonne journée.”

Junko : “J’éponge ce qui provient de l’extérieur, l’absorbe, mais au-dedans, au fond, ça ressemble vaguement au néant. J’évite l’action, les surprises, les “et si…”, les projets, oublie mes rêves, ne retrouve plus le chemin de mes rêveries, et ponctue toutes mes phrases avec le mot “bref”. A la question “comment ça va ?”, je réponds “ça va probablement… Probablement.”

RSS, SOS ?

[youtube lJNyL_8XxNk]

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Tanya Andersen : téléchargement illégal contre preuve à charge sans fondement

Dans un formidable article du Business Week, on nous relate une surprenante affaire où Tanya Andersen, une maman de Portland, se bat contre la très moralisante Recording Industry Association of America (RIAA).

Pour résumer : Mme Andersen s’est faite accuser (à tort) de télécharger illégalement des fichiers MP3 via Kazaa. En remontant les IPs, Mme Andersen s’est vue menacée, pour ne pas dire intimidée, par la RIAA. Or il s’est avéré, en recoupant différentes sources (les détails sont dans l’article de Business Week), que non seulement notre protagoniste était innocente, mais qui plus est que la RIAA utilisait des méthodes qui violaient les principes de libertés individuelles et de vie privée.

Damn !

Plusieurs enseignements à mon sens :

  • le business model de l’industrie musicale se cherche encore, et ce n’est pas en pourchassant ses clients qu’elle va redresser la barre (allez, hop, je tombe dans le démago, tant pis !)
  • un IP, ça peut se partager, se dévier, se dérouter : il est incroyablement difficile en vrai de dire “citoyen X = IP X” et finalement on en revient à “vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà” (Blaise Pascal)
  • la norme juridique est toujours en retard par rapport à la norme sociale : en utilisant des outils légaux dans un vide de repère, on est arrivés à … un déni de justice, au sens où le droit ne protège plus l’honnête citoyen mais le met en situation de présumé coupable. Morale (télécharger c’est mal) et éthique (télécharger, c’est bien) n’ont jamais été aussi antithétiques. ;)
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Personal branding, identité numérique et barcamp

Hier après-midi, à la Cantine, s’est déroulé l’IdentityCampParis 2, sur le mode opératoire des désormais classiques BarCamps.
L’occasion de rencontrer Jean-François Ruiz, Isabelle Serfaty-Bloch, quelques membres d’Identités actives, Rémi Barra, Christophe Calonne, avec mon inséparable Vu-Quan -qui, au passage, est sur un projet de boutique 2.0 :

L’occasion de développer plusieurs pistes de recherche, notamment sur le personal branding : doit-on se marketer avant que d’autres le fassent pour nous ? Sur quels fondements se basent notre moi-marque ? Comment faire pour être visible sur internet en temps que marque ? Quelles applications commerciales derrière ça ? Quelle différence entre réputation et personal branding ?

Au final, pas de réponses complètement définies : on se “personal brand-e” en fonction de l’objectif qu’il y a derrière (politique, recrutement 2.0, geek-attitude…) mais l’occasion de poser des problématiques. Ce qui fait déjà qu’à la fin de la journée, on se dit qu’on a pas passer du temps pour rien…

Petit parti pris de ma part : le ciment de notre e-marque personnelle se base avant tout sur notre rapport réel aux autres – et en étant un peu cynique, sur notre capital social (Bourdieu, si tu m’écoutes…).

Je vous invite à aller voir le mapping de notre atelier sur le site du barcamp dès que Jean-François l’aura mis en ligne.

Bonne reprise, citoyens…

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Rétroblog, Arte, et mai 68 bis

Citoyen ! en termes de maître à penser, je ne peux QUE recommander l’ami Joël Ronez. J’étais nourrisson qu’il divaguait déjà joyeusement sur les nouveaux médias

Idée originale qu’il mène pour Arte : restituer mai 1968 comme si le web 2.0 existait à l’époque. Un rétroblog, en somme, où comment le principe du journal est appliqué à la reconstruction de l’histoire…

Fascinant, ludique et disruptif : allez y faire un tour ici.

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"I want you to want me", quand l'art rejoint les sites de rencontre en ligne

[youtube GZUaXDm4qik]

Au MoMa, le 14 février dernier, on pouvait voir l’exposition I want you to want me.

Pour faire simple, le moteur du projet a scruté toutes les descriptions de différents sites de rencontres, puis a extrait différentes phrases, pour les classer. Une manière d’avoir quelques clins d’œil intimes de la vie de ceux qui cherchent l’amouuuur sur le web…

“The data is presented as an interactive installation, displayed on a 56” high-resolution touch screen, hung vertically on a wall in a dark room.  On screen is an interactive sky, whose weather (sunny, cloudy, rainy, snowy, etc.) can be controlled by the viewer.  Through the sky float hundreds of blue (male) and pink (female) balloons, each representing a single dating profile. “

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Contre-pouvoir, blog, et diplomatie américaine

Citoyen ! On pouvait lire récemment ici que le bondy blog était invité par le département d’Etat américain à se rendre aux Etats-Unis. Gilles Klein du Monde du Blog revient sur un point important concernant le rôle de certains blogs se présentant comme des circuits d’informations “alternatifs“, voire comme des contre-pouvoirs.

Il cite un article du Parisien intitulé “comment l’Amérique investit nos banlieues (…) tout est bon pour redorer leur image auprès des jeunes Français issus de l’immigration”.

“Dans le cadre des invitations du Département d’Etat américain, Mohamed Hamidi effectue un voyage de trois semaines aux Etats-Unis, qui le conduira dans différentes villes. Il est accompagné dans son périple par Karim Zéribi, organisateur des forums de recrutement de la SNCF dans les quarties populaires et connu des auditeurs de RMC pour sa participation aux “Grandes Gueules”.”

Et il commente ce qu’il lit sur le Bondy Blog :

“On lit aussi : “Plongé ce week-end en pleine obamania, notre envoyé spécial a pu ressentir l’incroyable ferveur suscitée par le candidat à l’investiture démocrate.”

Plutôt qu’envoyé spécial, je dirais invité spécial cela serait plus précis.

La nuance est de taille dans cet exemple précis. Sans revenir sur le contexte de la création du Bondy Blog, j’en rappelle une de ses missions:

“En septembre 2007 a été lancée à Bondy une “école du blog”, ouverte à tous sur inscription, sous la direction de Mohamed Hamidi. L’objectif est de donner aux jeunes de quartier des outils pour s’exprimer, par écrit mais aussi en radio et en vidéo.”Wikipedia

Ce qui veut dire que le Département d’Etat américain a a priori intelligemment ciblé des personnes influentes pour sa cause, pour leur montrer et leur faire dire un message auquel elles peuvent adhérer. Mais cette confusion “envoyé spécial” / “invité spécial” montre à quel point ce contre-pouvoir qu’est internet peut se révéler être un cheval de Troie pour des institutions politiques : à la base, l’opération devait se faire de façon transparente. Le fait qu’on doute de la véracité des propos tenus condamne ou du moins amoindrit le succès de l’initiative.

Marie Muzard nous parle du développement du web et de la com de crise ici :

“Cette montée en puissance d’internet comme contrepouvoir  doit  être prise en compte rapidement par les dirigeants et les professionnels de la communication de crise.

Jusqu’à maintenant dans 80 % des cas, les dirigeants ont tendance à  réfuter toute responsabilité (même morale) dans le cas d’une crise.
On peut espérer que désormais, ils comprendront qu’il est de leur intérêt de se rapprocher le plus possible de la réalité, de ne pas s’exprimer sur leur responsabilité tant qu’ils n’y voient pas clair et  ne pas rejeter d’entrée de jeu l’hypothèse de responsabilité.”

La nature ayant horreur du vide, le fait que le Département d’Etat américain s’adresse à une communauté qui pourrait être moins favorable aux Etats-Unis est un exemple louable d’anticipation de crise. En créant un dialogue avec elle, les Etats-Unis se montrent sous un autre jour, sans avoir de logique “spots publicitaires”. Pourtant, parce que l’opération n’est pas complètement claire (s’agit-il d’une opération commerciale de séduction d’invités? s’agit-il d’un voyage de presse ? S’agit-il d’une conférence précise ?), on installe un doute chez le lecteur. Alors, que peut-on croire dans ce cas présent?

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