Quand Christophe Barbier me donne un cours de journalisme et de nouveaux médias

Citoyens !

L’homme à l’écharpe rouge m’a rondement plu dans son interview menée tambour battant par P.Couve. Je vous invite à l’écouter en entier, ça vaut son pesant de flux.

Je vous passe le résumé de son interview, qui souligne la nécessité d’un journalisme total.

Il annonce plusieurs principes, dont deux sont vivement contestés par Narvic…Et pour la première fois je ne suis pas à 100% d’accord avec mon observateur favori.

Voici  quelques différents points abordés sur le blog de Narvic :

“Et je suis plus que dubitatif sur sa « théorie » du rôle d’affichage social des journaux. ;-) L’affichage social se jouera désormais bien plus dans les… réseaux sociaux que dans le métro ou sur la table du salon !”

Pas d’accord un seul instant :

  • je vais prendre mon meilleur repère social. Le quartier de Kolonaki à Athènes et plus particulièrement ses terrasses. Je peux vous garantir que Narvic n’a que partiellement raison : si le iPhone ou le Blackberry sont les deux nouvelles stars des “poseurs” qui vous donnent le côté “j’en suis”, lire Libé ou le Fig’ donne une teneur à qui vous êtes.
  • le réseau social donnerait un affichage social…et bien archi pas d’accord. A partir du moment où vous bossez dans l’économie réelle, vous êtes en contact avec une proportion de gens qui font partie de votre réseau, qui sont vos “friends” mais qui pourtant ne le sont en aucune manière. En clair, ils ont beau être dans votre réseau social, ils ne sont pas votre réseau. Je ne développe pas plus, mais l’affichage social vaudrait que si on ne pouvait afficher que les catégories de friends qu’on a. Or ce serait se griller à vie auprès des gens exclus. Le réseau social véritable, il restera invisible des réseaux sociaux. Et se verra à l’emporte-pièce dans certaines bonnes tables, où cuchonnage oblige (si vous n’êtes pas lyonnais, courrez chercher sur Google), le passant ou l’indiscret n’entendra qu’un vague écho du lointain

“je ne crois pas non plus que la « force » des marques de médias telles que L’Express, Le Figaro ou Le Monde, soit telle sur internet (ou même la simple « attractivité » de l’information elle-même), et cela surtout vis à vis des jeunes générations, qu’elle soit réellement en mesure de permettre en soi la constitution d’audiences suffisamment larges et qualifiées pour vraiment intéresser les  annonceurs à hauteur des besoins de financement de l’information de qualité. L’audience est en effet distribuée dorénavant vers des articles à l’unité et non vers des marques de médias, et la diffusion est assurée par des systèmes de recommandations directes (réseaux sociaux) ou indirectes (Google et son PageRank) recueillies auprès des internautes eux-mêmes, ou échangées par eux-même entre eux.”

  • c’est à la fois vrai…et partiellement faux. D’abord parce qu’en France, les sites les plus cités (ou backlinkés) sont les grands titres comme Le Monde ou le Figaro. D’accord pour le fait que la véritable Une, ce soit la première page d’un moteur de recherche…Et en même temps, passons les arguments techniques et prenons Vice Magazine : ce titre a une telle identité en ligne qu’il arrive à capter une audience active, qualifiée, une communauté directe et indirecte à qui le titre a délégué une partie de sa réputation pour contribuer à son propre contenu. On en est pas là avec Le Monde, mais il n’en reste pas moins que ces titres polarisent, car ils sont la norme. Demandons à une grand-mère ou à lycéen vers quel titre se tourner : il répondra sûrement l’un des grands classiques (et ne dira pas “allez sur Google et tapez l’information que vous cherchez” – ça se confirme d’ailleurs dans les faibles capacités qu’ont les teenagers à trouver l’information)
  • il faut construire la marque. La marque, c’est ce qui va me faire me rappeler certains gimmicks, qui va me permettre de découvrir des plumes, des talents. Hors évidemment phénomènes individuels extraordinaires (mais qui deviennent aussi des marques). Donc si le territoire n’est pas gagné d’avance, il faut le travailler

Bref, débat à suivre ! Allons-y gaiement pour un nouveau modèle économique de l’information…

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  • 30/08/2009 - 18:46 | Permalink

    Dans sa pratique, Christophe Barbier propose une sorte de journalisme hybride qui mélange un peu tout.
    Au final, c’est tout de même très édulcoré. Écharpe rouge, mais ça manque de sang.

  • 30/08/2009 - 20:04 | Permalink

    @Eric

    peut-être. mais je trouve qu’il ouvre des pistes assez pragmatiques pour enfin trouver un modèle économique..

  • 30/08/2009 - 21:02 | Permalink

    psstt: “rondement plu”, pas “plus” (chut… message à détruire après usage…)… ;-)

  • Charles Mougel
    30/08/2009 - 21:41 | Permalink

    Petite remarque sur la forme : “Le réseau social véritable, il restera invisible des réseaux sociaux.”

    Le réseau social véritable = le seul qui mérite le nom de “réseau social”.

    Les réseaux sociaux = les sites qui cartographient une partie de notre réseau social, et nous permettent un nouveau type d’interaction avec ses membres = les SILOS sociaux.

  • 30/08/2009 - 22:05 | Permalink

    Cette histoire d’affichage social me gène vraiment. Si j’ai sous le bras Le Monde, Le Figaro, La Croix et Libé, on va me prendre pour qui ? Si je lis sur un appareil mobile on va me prendre pour qui ?
    En fait, je m’en fous bien, du pour qui on me prend. Si je lis un palmipède, c’est pour l’information que cela contient, pas pour me montrer au voisinage, car je n’ai rien à en retirer. Pas même pour des raisons cosmétiques.
    Le prix d’un journal (qui doit nécessairement être de la date voulue, du jour, de la semaine… selon la fréquence de parution) est suffisamment élevé pour que ça ne soit pas un simple apparat. A ce compte là, on peut jongler avec 4 livres de poche qui eux sont indémodables.
    La dernière fois que tu as regardé ce que lisait un(e) parfait(e) inconnu(e) à une terrasse ou dans le métro, quand était-ce ? Quelle conclusion en as-tu tiré ? Moi c’était il y a longtemps, et je m’en fichais. Je ne peux voir que ce que lit (ou fait semblant de lire) la personne, mais de là à en conclure quelque chose. Peut-être lit-elle une critique d’un bouquin de sa cousine ? Ou peut-être est-elle intéressée par un sujet présenté en couverture ? Ou bien est-ce une fidèle lectrice ?
    Et finalement, qu’est-ce que ça change ? Vas-tu aborder la personne pour dire que ce qu’elle lit c’est des galéjades ? Ou pour lui dire que tu t’y connais bien sur ce sujet ? Non. En dehors de quelques amis proches, on ne se tripote pas les médias mutuellement. Et les amis proches, et bien on connait leurs idées, à peu près.

  • 30/08/2009 - 22:31 | Permalink

    @Charles (merci)
    @narvic (je te kiffasse)
    @[eni_kao] malheureusement, tout comme le crocodile sur le polo a sa signification, la marque du journal que tu lis va forcément être discriminante. Regarde les journaux qui arrivent sur la table des décideurs : s’ils sont abonnés à l’un ou l’autre des titres, ça veut dire quelque chose. Trop peu d’ailleurs lisent 3 ou 4 titres chaque matin. Il y a un rapport social à la façon dont nous souscrivons ou non à un titre…et une nouvelle fois : je ne parle pas d’une opinion personnelle, je parle du modèle économique (une piste ou deux…) ;)

  • 31/08/2009 - 08:31 | Permalink

    Je ne crois pas que ce qu’ils lisent dit quelque chose réellement. Ce qu’ils montrent, en laissant sur la table, en revanche, dit quelque chose. Si je laisse Spirou Magazine et les Echos en évidence, ça ne veut pas dire que je les lis. Et l’expérience m’a montré que les journaux laissés en évidence, soit-disant par négligence, sont loin d’être lus réellement.

    Les racks que l’on trouve dans les salles d’attente autour des bureaux de direction sont très travaillés. C’est un acte volontaire de communication bien souvent, avec parfois quelques loupés (des journaux hors d’âge).

    Je ne sais pas si un sociologue s’est interrogé et a enquêté là-dessus, mais c’est un beau sujet ;-)

  • 31/08/2009 - 08:43 | Permalink

    scrongneugneu, on en est encore à l’affichage social? Porter le monde sous le bras comme un désodorant? Et les coffee tables magazines? on parlait de ça il y a 20 ou 30 ans non?
    Et si on n’a pas son kindle et son iphone, on est déclassés comme une divorcée des années 1930?

  • 31/08/2009 - 09:16 | Permalink

    @Marsupilamima

    ne confondons pas tout ;)
    à quoi bon dénigrer l’affichage social ? on fait ça à longueur de journée. Pourquoi des journalistes souhaitent-il plutôt travailelr dans une rédaction plutôt qu’une autre ? Ne suit-on pas une plume plutôt qu’un flux imeprsonnel ?

    quant aux Kindle / iPhone : sache que je suis par exemple contre. C’est juste que l’accès aux médias partout et tout le temps ne change pas fondamentalement l’appartenance à une rive, ou à un autre…

  • b@x
    31/08/2009 - 10:48 | Permalink

    Admettons que l’affichage social joue un rôle (même si a titre perso, j’ai un sac pour ranger mon journal lol), je ne pense pas qu’en soit, il soit déterminant pour permettre un avenir aux quotidiens papier.

    En revanche, si demain on retrouvait même dans les petites gares de banlieue où il n’y a plus de kiosque depuis belle lurette, des vendeurs de journaux, je suis sure que ca jouerait bien plus.

  • 31/08/2009 - 10:51 | Permalink

    @b@x l’affichage social, c’est quelque chose de visible dans le métro, mais c’est surtout un magnifique outil de socialisation (“t’as lu dans Libé l’article sur…”). Je crois donc que la marque est déterminante.

    pour ton deuxième point : bien d’accord avec toi. Depuis que j’ai un kiosque à côté de ma station, j’achète un titre tous les 3 jours… ;)

  • b@x
    31/08/2009 - 11:15 | Permalink

    J’achèterais la presse tous les matins si j’avais un kiosque dans ma gare. C’est quand même bcp plus simple à lire pour un court trajet. Je suis pourtant équipée en mobile mais le plaisir de pouvoir balayer ce qui c’est passé dans le monde en 30 minutes et rendu plus facile avec un quotidien. Pour le détail après il y a le net maintenant ;-)

    Ce que je ne comprends pas, c’est qu’on a régulièrement des distributeurs pour les gratuits + des bornes 20 mn. Pourquoi la presse quotidienne payante ne tente pas de réinvestir les petites gares aussi avec des distributeurs comme aux us ou même des vendeurs à la criée :/

  • 31/08/2009 - 12:29 | Permalink

    Bon, il ne s’agit pas de nier qu’il existe ce que les sociologues appellent des “biens positionnels” qui remplissent un rôle social de “distinction” (cf. Bourdieu). A commencer par les vêtements, la coupe de cheveux ou les accessoires (vous voyez: la Rolex à 50 ans ?)…

    Une première question quand au rôle distinctif d’un journal comme bien positionnel, c’est de savoir à qui s’adresse le message et qui est en mesure de le comprendre. Barbier, lui, décode très bien ce “langage des journaux”. Mais je suis prêt à parier qu’il ne saura pas distinguer la petite tennis chinoise dont raffolent aujourd’hui les adolescents d’une vulgaire chaussure de sport qui n’a quant à elle aucune valeur distinctive. Il ne connait pas ce code-là.

    Alors, ce “langage des journaux”, j’en ai bien peur, n’a plus de sens aujourd’hui que pour un petit groupe social de plus en plus restreint, formé de… journalistes, d’intellectuels et de cadres. Les autres en ont une vague idée, mais au fond ça ne leur importe guère et les journaux remplissent surtout un rôle utilitaire : lire ce qu’il y a dedans. On voit bien sur internet que cette “force” des marques de médias est sans grande importance pour la plupart des internautes, qui zappent d’article en article sans se soucier beaucoup de la marque qu’il y a dessus.

    D’où la seconde remarque au sujet de la “théorie” de Barbier: est-ce bien sérieux de considérer que ce rôle de bien positionnel des journaux, manifestement en déclin, voire déjà marginal, suffira à assurer le maintien de version imprimées ? Ça me semble assez, disons, … léger. ;-)

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