Archive for April, 2011

April 26th, 2011

Alastair Campbell : inspirer le citoyen (aussi) avec les médias sociaux

by Laurent Francois

Citoyens !

Une jolie rencontre ce matin chez Terra Nova, en petit comité, avec l’un des spin doctors les plus côtés d’Europe, Alastair Campbell. On avait notamment appris à le connaître pour son rôle crucial auprès de Tony Blair qui les avait conduits au 10, Downing Street, en 1997.

A un an des Présidentielles françaises, les questions sont multiples : que faire contre la désaffection populaire des Urnes ? Internet a-t-il un rôle à jouer ? Peut-on voir émerger en Europe des Barack Obama ?

Penser stratégie, pas tactiques

Alastair Campbell n’a eu de cesse de marteler pendant l’heure et demi d’échange une idée centrale : les campagnes modernes doivent certes intégrer les nouveaux canaux de communication ; n’empêche que reste au coeur d’une mobilisation ou d’un engagement des citoyens une stratégie claire.

Il prend l’exemple de John McCain vs Barack Obama ; McCain avait au début de sa campagne une stratégie :

“j’ai beaucoup d’expérience” + “je ne suis pas George Bush”

Mais l’expérience a tourné court quand il a pris comme second ticket Sarah Palin : il devenait incohérent avec la deuxième partie de sa stratégie

Obama en revanche est resté cohérent avec sa stratégie : Yes We Can

Yes = optimisme

We = ensemble, le hyphenated American dans toute sa splendeur

Can = un effort à faire

Une stratégie = un homme, une équipe “noyau” (core team) et des supporters (ainsi que de l’argent)

Pour Alastair Campbell, l’histoire politique a toujours été une histoire d’hommes. Pour les élections américaines, il reprécise que tout en haut se trouvait Obama, entouré d’une équipe “noyau” qui filtrait les demandes et orchestrait les injonctions aux “suiveurs”. Cet effort ne pouvait avoir lieu qu’avec une masse conséquente d’argent. Et de repréciser qu’Obama a refusé de limiter les dépenses et les flots de dons reçus, bien au contraire.

Le stratégiste précise que si en 1997, sa posture était “Command and Conquer”, internet pousse les stratèges à libérer les idées et à faire confiance au maximum aux militants.

Du temps du débat au temps de la décision

Pour Campbell, le mal français est une question de timing politique. Pour lui, la France est perpétuellement dans une période de débat…alors que les éléments de véracité d’un discours politique doivent se trouver dans les décisions prises, les actions concrètes.

Le politique doit faire la météo médiatique. Et cette météo doit donc suivre en filigrane les décisions politiques.

Pour Campbell, Sarkozy a eu raison d’occuper le terrain des médias ; en Grande Bretagne par exemple, les spin doctors doivent pouvoir générer 3 points d’intérêts par jour, avec comme enjeu de rester en ligne avec la stratégie.

La rétribution du militant : la responsabilité !

Face à la désaffection de la militance, et la panne interne aux partis (ce qui se passe à la section du Périgord reste à la section du Périgord, sic), se posent la question des moyens d’engagement et de “fidélisation” des militants.

Campbell voit dans la responsabilisation des militants la plus belle (et la plus engageante) des rétributions. Aux Etats-Unis, en devant en partie les actionnaires de la réputation d’Obama, le militant était investi d’une mission claire, avec une valorisation évidente.

Campbell compare la relation au politique aux relations amoureuses : une phase d’idéalisation, une phase d’euphorie. Et puis une rencontre avec la réalité du quotidien. Il prend l’exemple de Lula : tous les mariages ne sont pas voués à l’échec, puisqu’il bénéficiait à sa sortie de 80% d’opinions positives, soit plus que pendant sa campagne.

Toujours dans cette veine, Campbell rappelle que si les citoyens ne croient plus aux médias ni aux politiques en général, ils croient en eux-mêmes … en particulier. Et les réseaux sociaux de décupler ces potentiels ; il prend l’exemple d’une femme qu’il a rencontrée lors d’une conférence et qui lui a dit :

“I don’t know you but I’m your friend”

Casser la logique médiatique pour reprendre la logique du bouche-à-oreille réelle entre citoyens

Pour Campbell, un des ennemis à combattre, ce sont les médias “traditionnels”. Et de reprendre une citation de Bill Clinton :

“La force des médias est si puissante que les politiques y créent leurs propres réalités”.

Donc un des enjeux pour les politiques est de couper court à cette illusion est d’entrer en relation direct avec les citoyens…

Fabriquer du consentement dans une illusion de participation

Ce que j’en retiens (et ce n’est ni une critique négative, ni un cri de joie) : il importe de parvenir à créer du consentement en maximisant les capacités de propagation des messages clés des politiques.

En clair, le rôle d’un spin doctor est de livrer sans merci une bataille “création d’arguments vs destruction d’arguments“.

On parlait ici récemment de “deep acting“. Je crois que le web dit social n’a jamais autant mis cet enjeu au coeur du politique.

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April 19th, 2011

Les médias sociaux ont-ils besoin de conversation ?

by Laurent Francois

Citoyens !

Un post ce matin chez Naro relayant les propos du Godfather de l’influence digitale en France, Eric Maillard mérite un débat sur la notion même de “conversation”

“l’engouement des agences et des annonceurs pour l’influence digitale était parfois exagérée, au point d’occulter les prises de paroles sur d’autres médias ou les autres, anciens (vrais?) réseaux d’influence classique qui permettent à une entité, une marque, une institution de rétablir un point de vue.”

En orchestrant un mythe du “tout conversationnel“, on en a oublié certains fondamentaux : d’abord certains sujets ne méritent pas de conversation ; certains autres ne peuvent pas être discutés ; enfin les médias sociaux n’ont pas et ne sont pas que phrases tweetées, bloguées ou “postées”.

Les médias sociaux sont “individus A” interagissant avec “individus B” (volontairement ou non)

C’est probablement le grand changement de paradygme concernant les médias sociaux : si l’on considérait les médias sociaux pendant ces dernières années comme “des gens qui parlent à d’autres gens par le biais d’une technologie“, force est de constater que la définition s’est élargie. Dans un univers où une minorité d’actifs produisent du contenu mais où une majorité de passifs laissent des traces empoignables par les marketeux, la définition du Social Media intègre forcément les interactions “involontaires” entre groupes d’individus.

Et là se pose un nouveau chemin de prescription : ce n’est plus seulement en une connaissance ou en un “ami” que nous faisons confiance mais à un centre d’intérêt où des anonymes peuvent se retrouver et nous apporter de la valeur. Je ne vais donc pas entrer en conversation direct avec eux (et aller boire un café) mais bénéficier de leurs échanges pour faire derrière un choix (aller à la boutique, aller au restaurant, en parler en “off“).

De fait, cette “socialisation” de nos choix démarre aussi avec le moteur de recherche. Tu n’es plus seulement ce que Google dit que tu es (Wired), tu fais ce que Google te dit qu’ils font.

Du média “social” à la “social street” : le social media marketing comme activité support à un “core business”

Qu’on se le dise : la notion de média a sans doute trop de connotations relatives aux espaces “magazines” ou “blogs”. Donc à la fonction de publication de contenus singés sur celui d’éditeurs historiques (journalistes, écrivains…).  En fait, ces espaces sont marginales par rapport à l’impact du “social” dans nos vies ; on nous invite à “check-in” sur Foursquare et à donner des conseils à des anonymes. On QR codise dans l’abri-bus ; on publie un statut Facebook lors d’un concert. Autant d’actions qui vont appeler une interaction par des groupes d’individus, connus ou non.

Dès-lors, on peut simplement rappeler ce qui est désormais une évidence : le social media seul ne sert à rien ; il est par contre à adosser à des “core businesses”. Si je fais des RP, comment injecter du Social Media pour maximiser mon approche influence naturelle ? Si je fais de l’événementiel, comment injecter du Social Media pour multiplier l’expérience, pré/pendant/post event ? Si je fais de la publicité, comment injecter du “Social” afin de propulser plus en profondeur mes objectifs de conversion, par exemple.

Et si le Social n’était que le pendant modernisé du marketing interactif ?

Deighton (Harvard Business School) donnait en 1996 la définition référente du marketing interactif :

“the ability to address an individual and the ability to gather and remember the response of that individual” leading to “the ability to address the individual once more in a way that takes into account his or her unique response”(Deighton 1996).”

En clair : on se rendait déjà compte que l’enjeu n’était plus seulement les coûts de transaction à orchestrer au sein des organisations mais bien les coûts de coordination, à savoir : faire descendre les data pour essayer sur toutes les fonctions de l’entreprise de transformer ces connaissances en interfaces de valeur. On s’est rendu compte que l’interactive marketing a souffert de mêmes travers liés à la “modernité”, ce qui a voulu dire beaucoup de projets d’énormes sites web avec un énorme CRM. Ca vous rappelle les médias sociaux ? BINGO ! Qu’il est beau mon dashboard, et qu’en faire derrière ?

L’interactive marketing étant né juste avant la “libération” des moyens d’expression, on l’a quelque peu oublié…Pourtant, le marketing relationnel pourrait bien faire son grand come-back : la relation n’est plus seulement sur de la data d’achat, de parcours, de search ; elle est désormais partagée, et c’est en ce sens que le Social Media va servir ce marketing interactif plus que jamais : organiser dans cette démocratie de la réputation le partage des dividendes, mettre en place les conditions d’addressabilité des publics et essayer de les comprendre en injectant le social monitoring aux pratiques de planners, directement ou indirectement…

De beaux sujets business qu’on va aborder aussi à l’ESCP Europe la semaine prochaine (mardi) avec une problématique intéressante : pourquoi aussi peu d’étudiants en école de commerce se lancent-ils dans l’aventure du marketing interactif ?

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April 11th, 2011

Pourquoi le Social Media est une bonne nouvelle pour les producteurs de contenu

by Laurent Francois

Citoyens !

On a parfois à tendance d’associer développement des médias sociaux, gratuité des contenus et co-création quelque peu magique.

Les oiseaux de mauvais augure voient souvent avec ce domaine présenté comme libre la fin des créateurs de contenus, donc de la production, donc la fin de certains métiers : artistes / musiciens / photographes / journalistes.

Exsonvaldes, interviewé par Virginie Berger lors d’une session musicale de Live Room de Thien,résumait le gap d’opportunités pour les producteurs de contenus :

“Le discours ambiant des contre-Hadopi «  le peuple a repris le contrôle de la culture » ne tient pas la route. Dans la musique, il y a ceux qui la font (nous), ceux qui aident (nos fans, notre label, notre tourneur…) et ceux qui écoutent (le public). Tous les acteurs sont importants pour transmettre la musique.”

En clair, dans la triptyque production / propulsion / conversation, les producteurs de contenus n’ont jamais été autant au coeur du business.

1- Les médias sociaux lient d’abord vers les productions originales. 2 exemples :

Ce qui veut donc dire qu’à partir du moment où ce qui est rare est cher, une prime à l’originalité, donc au producteur initial de contenu, va être reconnu par les différentes communautés / forces en présence

2- La mobilité va paradoxalement accroitre la pression sur les “filtres” d’information, donc sur la qualité des contenus

  • un mobinaute ne vas pas foncièrement télécharger et consulter toute la journée 100 flux différents. Le ticket à l’entrée de l’ “attention” étant extrêmement élevé, il va peut-être plutôt reconnaitre la valeur des 2 ou 3 sources privilégiées, en fonction de leurs propositions de valeur. D’où la force des applications issues des organisations ayant soit la capacité à faciliter l’accès à l’information pertinente, ou aux producteurs de sens
  • un pari intéressant serait que les “curateurs professionnels” paient à terme quelques dividendes aux producteurs initiaux de contenus, un peu comme les grands portails à l’époque des premières agrégations de contenus : flux AFP ou boursiers sur Yahoo! dans les années 90, contenus “backstages” ou exclusifs consultables uniquement sur MTV. Un modèle est à inventer, encore faut-il trouver un moyen de rendre la curation “monétisable” et plus seulement égo-centré : quel intérêt ai-je à terme de partager l’ensemble de mes schémas de pensée, au-delà de la reconnaissance de mes pairs (qui ne me donnent pas encore à manger que je sache) ?

3- Internet n’a pas détruit la production de contenus, il a juste rendu une offre d’accès déjà colossale en une offre exponentielle…ou pas

  • McLaughlin rappelle que les audiences n’ont jamais (ou plutôt rarement) payé pour le contenu directement, mais bien pour avoir accès à lui au meilleur endroit (un abonnement qui arrive dans la boite aux lettres, une version collector pour un concert précis etc.) et au meilleur moment. Dans une offre exponentielle (ou pas) l’accès aux productions tend à être encore plus compliqué : d’une part parce qu’on a tendance à chercher que ce que l’on connait bien (effet filter bubble), d’autre part parce que les contenus plus extraordinaires sont perdus dans la masse
  • attention à croire que les contenus sont sans limite ; si les transformations rendues possibles sont limitées à la seule créativité (everything is a remix), les organisations et temps de production disponible (sic) sont eux limités
  • on consulte rarement 100% d’un contenu produit par un support : RMN le savait en proposant déjà en 1995 des accès par affinité, centres d’intérêts

Au final :

  • il existe une myriade de contenus qui n’attendent que d’être consultés, une fois “ramenés à la vie”
  • la fragmentation des contenus par centres d’intérêts permet de revaloriser certaines productions sans valeurs toutes seules pour les publics en vrai “produit” : on pourrait imaginer payer des entreprises qui consolideraient des chemins utilisateurs par affinité plutôt que par émetteur
  • depuis que la rue est le territoire le plus digitalisé du monde, on attend que la production de contenus ait lieu “in situ” plutôt que derrière un PC : les émetteurs vont devoir sérieusement réfléchir aux expériences terrain, retails, aujourd’hui pauvres (à part à des 4×3 print, à quoi est-on exposés ?) en allant chercher de nouveaux types de producteurs
  • la “curation” coûtant cher, le temps investi pour “curater” ou simplement pour guider les autres vers des productions précises va privilégier les projets à forte valeur ajoutée. Donc une prime au contenu fort (le contre exemple des vidéos de chats n’est pas foncièrement valable : vous passez toujours autant de temps à lire les blagues de bureau que dans les 80s, donc elles n’entrent pas dans la balance)
  • produire du contenu nécessite une organisation : l’amateur éclairé pourra au mieux “remixer” ou “reproposer” des équivalents, rarement d’avoir un contenu unique, bien produit, accessible partout, tout le temps

 

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April 3rd, 2011

Storytelling de marque : l’intimité comme nouvelle frontière ?

by Laurent Francois

Citoyens !

On a vu depuis quelques mois une profusion de marques qui viennent de glisser leur socle de marque depuis un discours sur le bénéfice produit vers un discours “histoire”.

Les exemples sont nombreux, notamment auprès des marques grand public de sport:

  • Nike et son “better world
  • Puma et ses “after hours athletes
  • Nivea et son intéressante stratégie pour entrer dans l’intimité de nos histoires individuelles

Une pression sur les marques à façonner des “stories” accrue par le digital ; dans une économie de l’attention, une fois un coupon de réduction envoyée auprès d’une base cible, il va s’agir pour les directions marketing de parvenir à maintenir un lien, un intérêt pour l’individu à ne plus seulement être un prospect dans une base mais bien un “contact” activable en fonction des actualités produit. L’histoire, la story, serait cette formidable matrice qui permettrait aux marques d’agir sur l’intérêt ou non d’un public cible, en proie à des messages aspirationnels dans un quotidien régulé par un “voyage” digital ; dans ce voyage où l’on cherche à la fois de l’information mais où surtout on prolonge nos existences (on parle à nos êtres chers en continu sur les chats, on commande nos prochaines vacances en live, on BBM entre deux pauses clope…), les marques cherchent à maintenir un lien souple avec nous. Elles voudraient organiser nos vies de consommateur sur le mode des chapitres d’un livre ; on lâche rarement un bouquin en effet après avoir entamé un début d’histoire qu’on aime.

Pourtant, si le postulat marketing est en théorie simple, il est pourtant beaucoup plus compliqué – et osons le dire, déceptif à date – à orchestrer.

Le lecteur comme actionnaire du succès d’une histoire

Une histoire est un tissu de non-dits. C’est notamment Umberto Eco qui en 1979 développait cette idée dans Lector in Fabula. En clair : pour qu’une histoire fonctionne, le lecteur doit avoir pénétré un univers (proche d’une encyclopédie, qui lui permet de naviguer dans le contexte établi) et se sentir quasi investi d’une mission : “générer un texte signifie mettre en oeuvre une stratégie dont font partie les prévisions des mouvements de l’autre – comme dans toute stratégie“. Le mécanisme interprétatif et autonome sont donc intrinsèques à la story mise en oeuvre; on comprend mieux les phénomènes d’attachement par exemple à des personnages de série (Barney de HIMYM est finalement un modèle de “super pote” dans lequel on arrive à anticiper ses actions futures, alors même que le personnage n’existe pas en tant que tel ! ). Le digital pousse cet argument un cran plus loin : le lecteur est actionnaire de la réputation de l’histoire à laquelle il va être exposé. Va-t-il être ambassadeur et propulser l’univers ailleurs, à la manière des colporteurs d’encyclopédie universelle ? La story prendra alors une immense valeur.

N’empêche que dans les dernières campagnes ou socles de communication proposés, la story laisse à désirer sur ce pan. Nike dit : “j’ai une story” mais n’arrive finalement à démontrer en rien la véracité de son oeuvre : on n’a toujours pas d’interactivité avec l’histoire proposée, on n’a toujours pas de territoire de non-dits (les références historiques ne sont pas des non-dits) et on ne sait pas quoi faire pour enrichir la réputation de Nike (ou alors à considérer que tweeter le lien YouTube vers une pub est suffisant). On est sur un postulat publicitaire statique. Rien de plus.

Le lecteur, acteur intimiste d’une oeuvre publique : le marketing de l’extime comme nouvelle frontière ?

Quand on lit une nouvelle, un récit, on est forcément tout seul, même accompagné. Ce qui maintient l’intérêt de demander à l’autre ce qu’il a pensé d’un film ou d’une pièce, même assis à côté. Nous percevons par notre logiciel intime notre perception à la story.

Des marques osent donc aller encore plus loin en proposant d’adresser directement notre intime en donnant naissance en étape 2 à un lieu public pour exprimer notre ressenti. L’exemple de Nivea aux Etats-Unis est édifiant, avec son opération “Cupid’s Challenge“, présentée comme rubrique au même titre que des bons de réduction pour les produits dans les différents espaces sociaux de la marque.

L’exemple pourrait faire sourire a priori. Mais Nivea a bien lancé depuis de nombreux mois désormais une plateforme “Kiss” avec l’aide de 2 stars de la TV US, Nick Lachey & Vanessa Minnillo. Un des objectifs : donner du coaching amoureux aux consommateurs (donc dicter ce qui est bien ou mal) ; viraliser l’amour des gens entre eux; faire la promotion des produits de massage Nivea, sensés permettre un regain de libido pour les couples.

Une mécanique rusée qui démontre néanmoins ses limites : certes on publicise la vie privée de couples stars d’un jour. Mais une fois jetés en pâture, on se rappelle alors crument qu’un savon, c’est d’abord fait pour se laver. Et que le chapitre 2 du Cupid’s Challenge est vide comme un scénario de Real TV. Justement parce qu’il n’est pas real.

Le consommateur, en demande d’une hiérarchie de valeurs

Alors entre ces marques qui ne parlent que d’elles et ces marques qui ne veulent parler que de nos moi-intimes, n’y a-t-il pas un rééquilibrage pertinent à envisager ? Peut-être à reprendre un des principes des jolies histoires, comme le rappelle le New Scientist: il ne s’agit pas de pénétrer nos émotions pour les manipuler mais bien de comprendre nos valeurs et nos aspirations afin de nous proposer une aération, un échappatoire, un moment significatif. Il y a 20 ans, Snickers du groupe Mars décidait par exemple d’ouvrir des terrains de sport dans des cités défavorisées. Une façon d’apporter un chapitre d’une story de marque où il s’agissait de comprendre un besoin d’un public de consommateurs mais surtout de gens qui voulaient bouger le week-end avec une volonté pour certains de se faire détecter par des grands clubs. C’était il y a déjà 20 ans.

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