Posts tagged ‘activisme digital’

November 18th, 2010

Pourquoi l’UMP a intérêt à reprendre la main sur ses activistes digitaux

by Laurent Francois

Citoyens !

Ca s’énerve depuis hier soir, notamment sur le blog d’Eric Mettout. Rappel des faits :

Chaque jour, LEXPRESS.fr publie un petit vote afin de prendre la température de ses internautes sur divers sujets. Rappelons que ce module n’a rien de scientifique, mais qu’il permet de générer des petits pics d’intérêts voire de mettre en lumière parfois quelques grandes tendances…

Or voilà que depuis quelques semaines, les “urnes virtuelles” sont bourrées et surtout spammées, curieusement toujours en faveur du Président Sarkozy ou des mesures prises par le gouvernement. Eric Mettout explique en détails “l’affaire” d’hier :

“Nicolas Sarkozy s’étant exprimé hier, nous avons sollicité l’avis de nos internautes qui souhaitaient s’exprimer sur le sujet. Que croyez-vous qu’il advint? En un peu moins d’une heure, 4800 d’entre eux avaient appuyé sur le bouton (pour vous faire une idée, une bonne journée, c’est 3000 votants), dont 85% qui trouvaient que le chef de l’Etat avait fait une prestation formidable – opinion tout à fait défendable, au demeurant, mais dont on s’est légitimement demandé si elle reflétait une réalité réelle ou un chouïa trafiquée. La réponse est dans l’énoncé.”

Du coup, en termes d’influence digitale pure, plusieurs éléments :

  • pour bien connaitre le sujet, on assiste de façon peu subtile à une tentative de manipulation de l’opinion. Encore que consacrer autant d’énergie pour un module finalement anecdotique par rapport à la politique nationale, je me demande pourquoi le manager des trollers bloque une à deux heures de travail de son équipe afin de polluer un appel à votes qui ne trompe personne plutôt que de structurer une story plus engageante d’ici 2012
  • l’impact est contre-productif auprès de la communauté de lecteurs : la synthèse étant de facto faite par les équipes de journalistes, le spamming ne trompe personne
  • l’impact est contre-productif auprès des relais d’opinion extérieurs : immaturité manifeste, agacement certain, bien loin d’une certaine recherche de noblesse politique; noblesse politique que Sarkozy cherchait à atteindre lors de sa prestation, qui a apparemment fonctionné pour 47% des Français sondés : quel besoin y avait-il de vouloir forcer ce module ? D’un point de vue purement Social Media, les marketers le savent depuis l’avènement notamment de Digg en Etats-Unis : spammer permet de faire remonter sur un temps court un article ou une idée, mais le contre-coup est tellement dur (bannissement, poursuites judiciaires potentielles, traitement éditorial afin d’expliquer et décrypter qui est derrière) qu’il va à l’encontre de l’idée poussée

La question derrière : faut-il légifèrer et contraindre par le droit ce genre d’approche ? A savoir, doit-on bannir les agences, freelances, groupes, qui tentent d’orchestrer ce type de manipulation ? Je ne pense pas, à plusieurs titres :

  • le démenti est désormais plus fort que les tentatives de mensonge
  • il y a une forme d’auto-régulation manifeste par les communautés impliquées en ligne : on les abuse peut-être une fois, la deuxième la communauté s’est préparée et bannit un signal hors règles du jeu
  • faire monter la part de voix relative est un objectif de RP : n’empêche qu’ouvrir 300 blogs racontant la même idée en format “spam” permettra sans doute un temps de troller classements et moteurs de recherche. Le contre-coup n’en sera que plus agressif pour la personne portant ce message, noyée finalement par des conversations sur la manipulation plutôt que sur l’idée : il importe, agences de RP et de lobbying, de réfléchir à votre territoire d’expression pertinent; ce n’est pas parce que vous achetez dix terrains de foot en plus que votre équipe pourra être vue par des milliers de supporters; dans une économie de l’attention, il y a une masse finie d’attention, donc d’espaces, donc de gens

A bon entendeur…

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December 1st, 2009

Twitter, elu mot de l'annee par Microsoft (Bing). Sommes We satisfaits ?

by Laurent Francois

Citoyens !

Il va des mots populaires comme des tendances de fond dans notre cher monde liquide.
Obama's Peeps: Yes We Did!
Si en 2006, le Times nous déclarait tous “homme de l’année” – You – Microsoft vient d’annoncer que le mot “Twitter” avait été le plus recherché sur son moteur Bing.

Est-ce pour autant un passage du You au We ? Pas encore totalement :

  • Twitter est devenu un sujet pour énormément de citoyens : un sujet n’est pas un outil quotidien
  • Le We est à relativiser : si de plus en plus de monde partagent de l’information en ligne, des bons plans, on se demande encore ce que font 60% des autres utilisateurs :
  • Le We cache en pratique une énorme disparité entre les citoyens consommateurs actifs…et les autres. Au Personal Democracy Forum, Hubert rapporte que “l’élan social du web 2.0 a surtout réussi dans sa dimension marketing. Les 5 millions d’amis d’Obama sur Facebook ne sont pas là pour faire de la collaboration, ils sont là pour promouvoir la marque Obama“. Parlez au nom du “We” est donc une manière de prendre le pouvoir sur l’opinion d’une population
  • Dans un “nous”, il y a interactions, échanges, discussions. Pas seulement exposition

Plusieurs enjeux, donc :

  • la capacité des entités du We d’être de plus en plus nombreux à pouvoir s’exprimer, à prendre l’agenda et à revendiquer leur part de vérité
  • la capacité à être conscient des moyens mis à disposition non pas comme gimmick ou contraintes forcées mais comme amplificateur
  • la capacité à savoir vérifier l’information qui peut irradier en premier contact mais cacher la forêt. Amis journalistes, on n’a jamais autant eu besoin de vous
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November 26th, 2009

No-B day, un activisme digital politique à l'italienne consenti

by Laurent Francois

Citoyens !

C’est la délicieuse et européenne Aude qui nous livre cette nouvelle à l’italienne :

“Alors je t’explique. Le 9 octobre, le tribunal suprême italien a statué que l’immunité pénale du Cavaliere approuvée par son propre gouvernement de centre-droit en 2008 était inconstitutionnelle. Le jour même  un groupe de blogueurs, de citoyens et d’intellectuels a lancé l’idée d’une manifestation nationale, qui dépasserait les frontières de l’Italie, pour demander la démission du Président du Conseil.

La campagne a pris une ampleur médiatique incroyable. On peut suivre les progrès de la mobilisation sur Twitter, le groupe facebook Una manifestazione nazionale per chiedere le dimissioni di Berlusconi compte 328 000 fans, et l’initiative a été relayée dans tous les grands quotidiens italiens et les intellectuels anti-cavaliere ont lancé des appels à la mobilisation ; Roberto Saviano s’est ainsi exprimé dans la Reppubblica : Le chiedo: ritiri la legge sul “processo breve” e lo faccia in nome della salvaguardia del diritto“.”

Impressionnant : chaque minute, ce sont environ 3 à 4 nouveaux messages et réactions postées sur la Fan Page. Ca s’excite, ça s’anime, et le relai médiatique a repris l’initiative ce qui amplifie le phénomène.

Problème : la transformation en action politique évoquée dans la revue de presse du Nouvel Obs :

“LE “NO B.DAY” contre Berlusconi, prévu pour le 5 Décembre, donne l’occasion à Antonio di Pietro d’attaquer le Parti démocrate qui ne participera pas directement à cette manifestation de rue. Réplique de Pierluigi Bersani, leader du PD :”Le plus antiberlusconien sera celui qui fera tomber Berlusconi , pas celui qui crie le plus fort”. Or Di Pietro n’arrete pas de “crier fort” depuis le début de la législature, comme s’il voulait s’approprier la fonction de représentation de l’antiberlusconisme vis à vis de l’opinion (La Repubblica).”

La démocratie de l’opinion, l’activisme digital aura au moins permis une chose : d’avoir une plateforme d’atterrissage de nos mécontentements, les citoyens fréquentant malheureusement de moins en moins le bar tabac PMU – et c’est bien dommage.

Est-ce une bonne nouvelle ? Pas foncièrement, si on en croit cette interprétation (à nuancer car caricaturale) d’une déclaration de Karl Rove en 2004 :

« Vous croyez que les solutions émergent de votre judicieuse analyse de la réalité observable. Ce n’est plus de cette manière que le monde marche réellement. Nous sommes un empire maintenant, et lorsque nous agissons, nous créons notre propre réalité. (…) Nous sommes les acteurs de l’histoire, et vous, vous tous, il ne vous reste plus qu’à étudier ce que nous faisons » [1]. Publiés dans le New York Times peu de temps avant la réélection de George W. Bush en novembre 2004, ces propos de Karl Rove, spin doctor et conseiller politique à la Maison Blanche, illustrent avec un cynisme éclatant la réalité de la démocratie d’opinion. Loin de signifier la naïve « revanche » des citoyens dans le champ du politique grâce à Internet et aux nouveaux médias, elle fonctionne comme une « realpolitik de la fiction », pour reprendre l’expression du sociologue Christian Salmon. La « volonté générale » du peuple n’a plus besoin d’être invoquée, même de manière incantatoire, dans le discours politique de cette droite réactionnaire : seule importe la soumission des consciences à une « réalité » inventée par le pouvoir et imposée comme opinion majoritaire.

On le discute souvent ici : ce n’est pas parce que vous êtes observateurs éclairés de ce que vous lisez ou regardez et que vous en parlez que vous créez de l’information ou de la valeur. Dès lors, en transposant cette logique, l’activisme digital d’observation et de simple dénonciation n’est pas suffisant. Tout comme Starbucks doit vendre in finé du café, alors l’investissement digital politique doit avoir un objectif d’action politique. On ne vend pas de l’awareness en politique. On ne vend pas du cost per impression. On vend de la transformation en changement réel pour le citoyen.

A suivre, donc.

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