Marion, c’est un peu une prêtresse des nouveaux rapports sociaux en moins opaque que Bourdieu, en plus synthétique que Foucault. Lu ce matin donc :
“On fait du bricolage relationnel. Toujours plus ou moins quelque chose en tête, que ce soit quelqu’un ou les restes d’une vieille histoire qui se traine en longueur, mais au final il n’y a rien de concret. On rapièce, on se fuck-friend, on invente de nouveaux concepts pour avoir nous aussi droit à un peu de tendresse.”
C’est fort. Zygmunt Bauman, sociologue allemand de son état, et maître à penser de feu mon mémoire de fin d’études (wow), parlait déjà de “l’amour révocable à la demande” :
@Moynot et Lizanot
En clair, je m’autocite (oui oui ça va les chevilles :p ) :
Zygmunt Bauman cherchait à distinguer une « modernité solide » d’une nouvelle « modernité liquide ». La « modernité solide » désignait une époque où les accidents, les risques, ou encore les imprévus étaient des désagréments temporellement limités. Ils pouvaient être anticipés par un comportement rationnel de type coûts/avantages, et par un processus d’apprentissage : les erreurs passées ou les expériences de comportements inefficients étaient vouées à disparaître par la connaissance de leurs modes d’apparition. L’individu disposait de suffisamment de temps pour réduire les incertitudes et élaborer plusieurs hypothèses différentes. Or selon Bauman, cette relative rationalité du fonctionnement du monde s’est progressivement détériorée au profit d’une « modernité liquide ». Le changement serait devenu la condition permanente de la vie humaine. Sur le marché du travail par exemple, le développement des contrats à durée déterminée et la possibilité de plus en plus grande de perdre son emploi ont radicalement modifié les stratégies des acteurs. Le mythe du même poste à vie a d’ailleurs aujourd’hui complètement disparu. La gestion des risques se fait désormais quasiment en flux tendus : l’individu calcule en temps réel dans un univers perpétuellement changeant ses choix. Il doit de plus en plus en appeler à sa propre responsabilité individuelle plutôt que de se retourner vers des structures sociétales. Cette accélération des opérations de calculs a au moins une répercussion forte : elle rend la capacité d’anticipation des risques extrêmement sélective, et partant peut laisser sur le côté certains groupes ne disposant pas de la même capacité d’expertise.
On a tellement de choses importantes à gérer en même temps, damn hell, tellement d’incertitudes sur lesquelles il est bon de surfer, que finalement, l’amour aussi passe en mode réversible. En mode fluidifié.
Morceaux choisis :
T. : “Déçue par certains comportements ces derniers jours, je crois que je vais aller me faire cuire un oeuf toute seule et laisser les autres continuer leur vie sans m’en soucier. En fait ma conclusion c’est que je dois souvent sauter sans filet et que j’aimerais bien que quelqu’un me rattrape parfois. Je vais aller manger mon oeuf et jouer avec mon komboloi. Bonne journée.”
Junko : “J’éponge ce qui provient de l’extérieur, l’absorbe, mais au-dedans, au fond, ça ressemble vaguement au néant. J’évite l’action, les surprises, les “et si…”, les projets, oublie mes rêves, ne retrouve plus le chemin de mes rêveries, et ponctue toutes mes phrases avec le mot “bref”. A la question “comment ça va ?”, je réponds “ça va probablement… Probablement.”
RSS, SOS ?
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