Posts tagged ‘digital’

November 3rd, 2011

Le Brand Content : les différentes approches entre agences digitales, RP et média-publicitaires

by Laurent Francois

Trois exemples récents de campagnes dites de “brand content” ont mis en lumière des différences fondamentales entre agences médias & publicitaires, agences digitales “cross” et agences de PR.

  • Le brand content selon l’agence média & publicitaire :

Le concept : mettre à disposition un dispositif en affinité avec le produit de l’annonceur (un appareil photo) en mettant en scène une “bataille” entre 2 équipes de créatifs.

La mécanique : sponsoring d’une émission en télévision. Bannières afin d’inciter à voter en ligne. Achat d’espace en print

Les raisons d’y croire : affinité avec le produit. Achat massif qui “force” une exposition. Démonstration de la promesse produit.

Faiblesses : court-terme. Participatif de niveau zéro et demi. Imposition de la teneur du contenu. Rien de construit pour la suite. Légitimité discutable des 2 équipes.

  • Le brand content selon l’agence PR :

Le concept : inviter des passionnés à découvrir les fonctionnalités d’un appareil spécifique, en organisant une grand exposition participative on & offline

La mécanique : recrutement d’individus passionnés par la photographie. Mise à disposition d’appareils auprès de certains “top influenceurs”. Centralisation des contenus et animation sur les différents espaces d’interactions (fan pages/ boutiques / twitter)

Les raisons d’y croire : affinité avec le public visé. Valeur ajouté avec temps d’explication du produit et valorisation des participants. Entre-soi et orchestration du bouche-à-oreille

Faiblesses : après l’entre-soi, what else ?

  • Le brand content selon l’agence digitale “cross”

Le concept : jouer sur une double logique de prescription (endorsement par 3 talents reconnus de la photographie, digitaux et non digitaux) et de propulsion (bouche-à-oreille + achat d’espace + sponsoring émission)

La mécanique : mise en place de défis en ligne autour de la photographie, animés par les 3 talents. La promesse : les meilleurs seront ensuite sélectionnés pour participer à une master-class à la télévision, et pourront avoir une exposition en leurs noms

Les raisons d’y croire : affinité avec le public visé et phénomène de rayonnement médiatique. Propulsion massive assurée par relai TV. Qualité des contenus et pérénité. Animation et véritable influence digitale avec une masse critique d’utilisateurs.

Faiblesses : RAS.

 

Vous imaginez vers où bascule mon choix.

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August 17th, 2011

5 marques de luxe et de beauté qui font progresser les programmes marketing avec les blogueurs

by Laurent Francois

Citoyens !

Fashionably Marketing, entité respectée du marketing du luxe, de la mode et de la beauté, a sorti 5 exemples de bonnes pratiques entre marques de luxe / beauté et blogueurs. Partant du principe que les dispositifs devaient être réinventés, au vu d’une certaine fatigue entre les équipes marketing et les blogueurs, voici la sélection de FM ainsi que les explications inspirantes

1. Coach

Coach a lancé une collection capsule l’année dernière avec 15 blogueurs. Les objets désignés ont trouvé un certain écho dans la presse et pour certains talents, des deals ont été signés avec d’autres distributeurs. Une façon d’utiliser la puissance de création de férus de tendances ; et pour la marque de se positionner comme tremplin plutôt que comme simple émetteur.

2. Club Monaco

La marque a développé un des programmes les plus complets.  D’abord “the Brown’s Blogger Series avec Shop 24” où des blogueuses UK reconnues donnaient des conseils de style par session dans les magasins Browns (Londres).Pour le lancement de son site de e-commerce Shopbop, la marque a invité une centaine d’influenceurs à un “Tweetup” générant de l’attention soutenue au moment du lancement. Afin de maintenir l’attention, la blogueuse Jennine Jacob tient un blog sur le denim,  affilié à la boutique. Club Monaco a aussi lancé sa plate-forme d’inspirations “Culture Club”, à travers un dispositif impliquant les blogueurs à produire une série de contenus photos. 1500 appareils additionnels étaient distribués aussi dans les rues de New York dans des quartiers choisis afin de générer du drive to naturel.

4.  DKNY

DKNY agit là aussi comme tremplin d’opportunités. Bagsnob a pu designer une série de sacs à mainsb ; chaque semaine, DKNY interviewe des blogueuses pour exprimer les tendances qui comptent. En réactif, la marque essaie de trouver des projets plus personnalisés en répondant aux propositions de séries d’influenceurs.

5. MAC Cosmetics

MAC, avait envoyé 9 blogueuses à Toronto pour aider à finaliser une ligne de cosmétiques, désormais disponibles depuis quelques jours.

 

En résumé :

  1. des expériences exclusives et à géométrie variables en fonction du public d’influenceurs visé: certains sont utilisés comme propulseurs, d’autres comme co-créateurs
  2. des expériences mêlant offline et online, où le “offline” sert à lancer du “online”
  3. une capacité à utiliser les passions et les talents : écriture et photographie, ainsi que la capacité à exprimer un avis. Nothing more
  4. des programmes qui s’étoffent entre approches réactives (mettre à disposition des solutions à des propositions de consommateurs avertis) et anticipés (un dispositif clairement défini depuis le début dans une approche stratégique annuelle)
  5. des programmes où les marques n’endorsent plus des influenceurs mais où ce sont les blogueuses elles mêmes qui jouent le rôle de “sponsors”

Comme on le voit, on en est encore à la préhistoire de ce que le marketing peut faire sur les relations entre influenceurs et marques. De jolies perspectives à venir. De quoi décomplexer nos dispositifs :)

 

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May 6th, 2011

Pourquoi les marques ont raison de ne pas faire confiance aux professionnels du Social Media

by Laurent Francois

Citoyens !

[edit : Eric Maillard développe un point de vue éclairant à lire sur son blog qui fait écho à ce post]

On parle beaucoup des problèmes qu’auraient les annonceurs à ne pas comprendre les logiques Social Media. Dans notre vaste conversation marketing en ligne, on rappèlera néanmoins que la parole est sur-représentée par 3 types de population :

  • les marketeux en agence, qui se créent une légitimité en confrontant leurs idées et en diffusant leurs points de vue (c’est notamment la raison pour laquelle Citizen L. avait été créé à l’époque)
  • les marketeux indépendants, qui cherchent à attirer le chaland à visiter sa boutique et qui trouve dans le relai “Social” une formidable possibilité d’aspirer du business
  • les étudiants, qui intéressés par les nouveaux médias et nouvelles tactiques, plongent corps et âmes dans le partage de leur passion , publicitaire souvent au début

Drôle de voir que les individus côté marques / annonceurs semblent absents de cette parole ; fort heureusement, des médias “B2B” font ce travail d’aller chercher les décideurs des grands groupes. Si ceux-ci interviennent ponctuellement, on semble les oublier dans le “flow” de tweets, posts ou autres commentaires dans les soirées à Boulogne ou rue Oberkampf.

Mais alors, malgré un flot incessant d’outils et de publications par les marketeux “new age”, pourquoi les marques ne font-elles toujours pas confiance franchement aux professionnels du “Social Media ” ? Réflexions en vrac :

  1. Le manque d’humilité :
    les “social media evangelists” oublient régulièrement qu’ils essaient d’imposer un point de vue à des évangélisés. A force de répéter aux “cibles” de cette religion sans Torah qu’ils ne comprennent rien, on comprend facilement pourquoi les marques restent sceptiques vis-à-vis de discours apocalyptiques de la fin du marketing en 4 P (alors que les petits pots de yaourt continuent à se vendre )
  2. La crédibilité :
    Un prestataire de service “classique” a rarement prétention à vouloir redéfinir totalement un business. Un cameraman, par exemple, oriente un discours, donne quelques recommandations pour la prise de parole. Mais ne va pas changer les idées de l’interviewé. Et c’est probablement l’écueil de certains gourous aujourd’hui : vouloir imposer un cadre total de pensée plutôt qu’apporter un service au client
  3. Le manque de compétences marketing tout court
    Le Social Media n’a de sens que dans une vision plus large du marketing. Ce qui veut donc dire qu’il est un levier, une structure, à adosser à d’autres pratiques marketing en tactique, à intégrer comme un élément parmi d’autres au stade du plan stratégique global
    Ce qui veut donc dire (bis) que le Social Media pour le Social Media n’apporte pas grand chose en soi. Un individu aura une forte valeur ajoutée quand il intègrera le Social à une bonne gestion de l’événementiel. Un individu aura une forte valeur ajoutée quand il intègrera du Social Media Monitoring à sa connaissance des études marketing. Un attaché de presse digne de ce nom aura des notions d’influence digitale. Et au niveau “stratégique”, un bon directeur marketing intègrera la dimension Social sur chacun de ses plans d’action. Or rares sont les individus sur le marché ayant aujourd’hui et une compétence marketing ET une compétence Social Media

 

Je pense sincèrement que la question du ROI n’est que secondaire s’agissant de la relation agences / marques-annonceurs. Dans un prisme B2C, si vous passez un bon moment avec un interlocuteur qui vous soutire des dollars, vous l’acceptez souvent sans crier au loup. Au restaurant, à part si vous êtes du genre relou, vous ne faîtes pas une analyse coût / avantage pour chaque ligne de l’addition : vous prenez le tout ou vous ne revenez plus.

So guys, let’s rock.

 

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April 3rd, 2011

Storytelling de marque : l’intimité comme nouvelle frontière ?

by Laurent Francois

Citoyens !

On a vu depuis quelques mois une profusion de marques qui viennent de glisser leur socle de marque depuis un discours sur le bénéfice produit vers un discours “histoire”.

Les exemples sont nombreux, notamment auprès des marques grand public de sport:

  • Nike et son “better world
  • Puma et ses “after hours athletes
  • Nivea et son intéressante stratégie pour entrer dans l’intimité de nos histoires individuelles

Une pression sur les marques à façonner des “stories” accrue par le digital ; dans une économie de l’attention, une fois un coupon de réduction envoyée auprès d’une base cible, il va s’agir pour les directions marketing de parvenir à maintenir un lien, un intérêt pour l’individu à ne plus seulement être un prospect dans une base mais bien un “contact” activable en fonction des actualités produit. L’histoire, la story, serait cette formidable matrice qui permettrait aux marques d’agir sur l’intérêt ou non d’un public cible, en proie à des messages aspirationnels dans un quotidien régulé par un “voyage” digital ; dans ce voyage où l’on cherche à la fois de l’information mais où surtout on prolonge nos existences (on parle à nos êtres chers en continu sur les chats, on commande nos prochaines vacances en live, on BBM entre deux pauses clope…), les marques cherchent à maintenir un lien souple avec nous. Elles voudraient organiser nos vies de consommateur sur le mode des chapitres d’un livre ; on lâche rarement un bouquin en effet après avoir entamé un début d’histoire qu’on aime.

Pourtant, si le postulat marketing est en théorie simple, il est pourtant beaucoup plus compliqué – et osons le dire, déceptif à date – à orchestrer.

Le lecteur comme actionnaire du succès d’une histoire

Une histoire est un tissu de non-dits. C’est notamment Umberto Eco qui en 1979 développait cette idée dans Lector in Fabula. En clair : pour qu’une histoire fonctionne, le lecteur doit avoir pénétré un univers (proche d’une encyclopédie, qui lui permet de naviguer dans le contexte établi) et se sentir quasi investi d’une mission : “générer un texte signifie mettre en oeuvre une stratégie dont font partie les prévisions des mouvements de l’autre – comme dans toute stratégie“. Le mécanisme interprétatif et autonome sont donc intrinsèques à la story mise en oeuvre; on comprend mieux les phénomènes d’attachement par exemple à des personnages de série (Barney de HIMYM est finalement un modèle de “super pote” dans lequel on arrive à anticiper ses actions futures, alors même que le personnage n’existe pas en tant que tel ! ). Le digital pousse cet argument un cran plus loin : le lecteur est actionnaire de la réputation de l’histoire à laquelle il va être exposé. Va-t-il être ambassadeur et propulser l’univers ailleurs, à la manière des colporteurs d’encyclopédie universelle ? La story prendra alors une immense valeur.

N’empêche que dans les dernières campagnes ou socles de communication proposés, la story laisse à désirer sur ce pan. Nike dit : “j’ai une story” mais n’arrive finalement à démontrer en rien la véracité de son oeuvre : on n’a toujours pas d’interactivité avec l’histoire proposée, on n’a toujours pas de territoire de non-dits (les références historiques ne sont pas des non-dits) et on ne sait pas quoi faire pour enrichir la réputation de Nike (ou alors à considérer que tweeter le lien YouTube vers une pub est suffisant). On est sur un postulat publicitaire statique. Rien de plus.

Le lecteur, acteur intimiste d’une oeuvre publique : le marketing de l’extime comme nouvelle frontière ?

Quand on lit une nouvelle, un récit, on est forcément tout seul, même accompagné. Ce qui maintient l’intérêt de demander à l’autre ce qu’il a pensé d’un film ou d’une pièce, même assis à côté. Nous percevons par notre logiciel intime notre perception à la story.

Des marques osent donc aller encore plus loin en proposant d’adresser directement notre intime en donnant naissance en étape 2 à un lieu public pour exprimer notre ressenti. L’exemple de Nivea aux Etats-Unis est édifiant, avec son opération “Cupid’s Challenge“, présentée comme rubrique au même titre que des bons de réduction pour les produits dans les différents espaces sociaux de la marque.

L’exemple pourrait faire sourire a priori. Mais Nivea a bien lancé depuis de nombreux mois désormais une plateforme “Kiss” avec l’aide de 2 stars de la TV US, Nick Lachey & Vanessa Minnillo. Un des objectifs : donner du coaching amoureux aux consommateurs (donc dicter ce qui est bien ou mal) ; viraliser l’amour des gens entre eux; faire la promotion des produits de massage Nivea, sensés permettre un regain de libido pour les couples.

Une mécanique rusée qui démontre néanmoins ses limites : certes on publicise la vie privée de couples stars d’un jour. Mais une fois jetés en pâture, on se rappelle alors crument qu’un savon, c’est d’abord fait pour se laver. Et que le chapitre 2 du Cupid’s Challenge est vide comme un scénario de Real TV. Justement parce qu’il n’est pas real.

Le consommateur, en demande d’une hiérarchie de valeurs

Alors entre ces marques qui ne parlent que d’elles et ces marques qui ne veulent parler que de nos moi-intimes, n’y a-t-il pas un rééquilibrage pertinent à envisager ? Peut-être à reprendre un des principes des jolies histoires, comme le rappelle le New Scientist: il ne s’agit pas de pénétrer nos émotions pour les manipuler mais bien de comprendre nos valeurs et nos aspirations afin de nous proposer une aération, un échappatoire, un moment significatif. Il y a 20 ans, Snickers du groupe Mars décidait par exemple d’ouvrir des terrains de sport dans des cités défavorisées. Une façon d’apporter un chapitre d’une story de marque où il s’agissait de comprendre un besoin d’un public de consommateurs mais surtout de gens qui voulaient bouger le week-end avec une volonté pour certains de se faire détecter par des grands clubs. C’était il y a déjà 20 ans.

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February 15th, 2011

Pour une revitalisation des opérations d’influence digitale

by Laurent Francois

Citoyens !

En marketing comme en amour, les vieilles ficelles, si elles font parfois plaisir, s’usent. La routine s’installe et l’efficacité s’efface au profit d’une douce descente en enfer.

Il en va de l’amour comme des opérations de communication digitales : à force de refaire les mêmes dispositifs d’influence, on en arrive à oublier 3 éléments clés :

  • bien commencer une relation
  • savoir maintenir la relation
  • éventuellement savoir bien finir la relation

Des briques de bon sens à se mettre en post-it sous le smartphone à mesure que les budgets digitaux augmentent (et que la qualité des productions suit). Ne jamais oublier qu’une histoire, c’est un récit, des acteurs et des audiences. Et qu’un récit avec effets sons et lumière ne remplacera jamais le talent des gens qui peuplent l’histoire. Voir à ce sujet le désert narratif du film Avatar.

Or les différentes expériences récentes auxquelles j’ai été exposées ont été d’une certaine manière décevante :

  1. s’agissant de “bien commencer” une relation :
    - se faire adresser pour des sujets absolument à côté de la plaque mine l’envie d’investir du temps à répondre
    - projets “over-promising” par rapport au teaser amont : c’est rarement pertinent de trop en faire pour le dernier spot auquel nous allons être surexposés dans les jours qui suivent, sauf dispositif associé
    - entre-soi qui n’en est pas un : la case “blogueur” + parisien ne signifie pas qu’on est tous potes (loin s’en faut)
    - vision absolument pas claire de la demande, du genre “salut, notre client veut faire un truc avec toi, mais on te dit pas quoi” ; compliqué
  2. s’agissant de maintenir une relation :
    - mise dans la boucle d’un sujet et puis ensuite plus une seule piqure de rappel ou de nouvelles (sauf parfois un emailing publicitaire qu’on reçoit 4 mois plus tard, sic)
    - demande non amicale d’écriture d’un post moyennant exclusion du projet (pour les billets sponsorisés, c’est ailleurs)
    - non cohérence dans les communications : se faire impliquer pour un sujet lifestyle puis le lendemain sur du développement durable ou PIRE : du sport :D
  3. s’agissant de finir une relation :
    - il faut parfois expliquer quand le projet se termine : personne ne le fait, mais un bon petit “merci et à bientôt” fait toujours la blague
    - il faut parfois informer d’autres opérations dans d’autres domaines ont lieu, au risque de créer une forme de frustration

Des nouveaux acteurs font formidablement bien ce travail : des petites marques qui se lancent, ou bien des gérants de boutique, qui parviennent simplement à aligner leurs différentes tactiques digitales (newsletter, animation de réseau, opération, couponing) avec une certaine linéarité.

Des nouveaux acteurs qui n’ont pas oublié en cours de route qu’il faut d’abord communiquer pour un public, pas pour une brève dans de la presse MarCom ; dans un pays qui comporte 65 millions d’habitants, il semble surprenant qu’on réserve les opérations à un triangle infernale qui ne représente en rien le consommateur final ; il faut de l’originalité dans les communautés qu’on cherche à construire.

Il faut aller chercher au-delà du blogueur ou de l’utilisateur compulsif de twitter : qui en province a aussi une légitimité pour parler haut et fort d’un sujet connexe à une marque ?

Le renouveau des opérations d’influence digitale passe donc paradoxalement par une décentralisation et une dé-verticalisation quand on pensera les campagnes. Les QR codes dans les ZAC n’ont qu’à bien se tenir ! :)

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January 6th, 2011

Les différents types de curation

by Laurent Francois

Citoyens !

Ca y est : la curation, notion poussée en France par Pearltrees; est désormais entrée dans les moeurs comme application-type de nouveaux usages du web social.

Première question : y a-t-il des consommateurs finaux de curation ?

La réponse est normande : à la fois oui et non. Dans une situation d’urgence informative (voir à ce sujet l’étude que nous sortirons dans quelques semaines avec L’Express), l’enjeu de la synthèse de l’information est clé. La “curation” n’a pas qu’un impact sur la simple aggrégation (trouver à un seul endroit les ressources utiles à la compréhension du sujet) mais bien sur le contrat de lecture et sur le traitement des différentes problématiques. On voit d’ailleurs pointer dans les médias “professionnels” de plus en plus d’articles qui intègrent la notion d’historicité. Pas seulement via des dossiers spéciaux mais aussi à l’intérieur même d’articles dans le fleuve de news : un rappel des faits, des liens vers les ressources utiles, un historique rapide. On achète donc pas de “curation” en tant que tel mais on aura tendance à acheter les conséquences de ces nouveaux “services lecteurs” : une information amplifée.

Dès-lors, quels sont les différents types de “curation” ?

  • l’archivage “classique” : un peu comme les 1ers blogs lancés au début des années 90, il s’agit de trouver sur un même article les liens pertinents avec un sujet ou avec une semaine. Certains blogueurs continuent d’ailleurs à faire ce type de posts, qui sert a priori à structurer une pensée. Beaucoup de gens continuent à “bookmarker” leurs liens préférés. Cette pratique a une limite : la construction de l’archive est forcément limitée par l’ergonomie des signets. Dès-lors l’explication texte de pourquoi on a archivé tel ou tel lien prend un temps affreux
  • le “mapping” : il s’agit d’augmenter les synergies dans l’acte d’organiser les archives afin de visuellement montrer les cheminements de la pensée. Et de pouvoir revenir en arrière facilement, de déplacer les territoires. Une limite : on n’est pas dans la prospective dans ce genre de dynamique mais bien dans la structuration d’une pensée et d’idées ou liens déjà existants pour un individu ou un groupe d’individus
  • l’organisation sociale du web : lire à ce propos toute la littérature autour de Pearltrees (ainsi que sur les arbres sur le sujet). L’idée étant que “Pearltrees fonctionne sur un principe communautaire. Selon François Rocaboy, co-fondateur de la start-up, « chacun peut garder ce qu’il aime sur le web et ainsi se connecter aux gens qui partagent leurs intérêts. Cela permet de découvrir de nouveaux contenus, de rencontrer des gens en fonction de leurs intérêts“. En clair : cette organisation sociale permet non seulement de structurer sa propre pensée, de récupérer les logiques d’autres individus, de créer des “consensus” au sein d’une équipe de curators ou au contraire de montrer les différences de logique. Cette organisation permet d’amplifier

Plus intéressant : quels seront les types futurs de curation ?

  • une anticipation des chemins de pensée ? sur certains sujets plus populaires, on peut imaginer que certains agents / robots intelligents suggèrent des bribes de raisonnement déjà pensés par d’autres. Sur certains sujets légers ou routiniers, on peut imaginer un peu comme ce que façonne Google des suggestions (ex : pour une série TV, la suite des épisodes, le casting, les bio des acteurs). Mais surtout certains domaines plus pointus, scientifiques, on peut imaginer qu’en entrant des mises en relation de bases de données complexes, on puisse à terme résoudre certains grands problèmes
  • une curation “in real life” : on peut d’un point de vue marketing imaginer qu’une fois que vous entrez dans un magasin, on vous propose un mapping d’objets susceptibles de nous intéresser; dans un musée, on peut imaginer tout un tas d’accès à des ressources complémentaires. Une forme de mix entre géolocalisation, curation et CRM
  • une rétribution pour curation : ce qui rare est cher; l’acte de “curation” demande du temps. On peut imaginer toute une série de rétribution pour ce travail : débloquage de bages donnant accès à de nouveaux types de contenus ou de mise en relation; argent; mise en avant de la modélisation. On pourrait par exemple imaginer des travaux d’étudiants qui, pour “gagner des points”, devraient débloquer des stratégies de curation qui leur permettraient d’avoir accès à plus de temps dans un laboratoire etc.

L’enjeu étant désormais complexe : continuer à devenir “mainstream” afin de faire partager l’accès au savoir. Faire en sorte de ne pas sombrer dans les dérives de la “popularité” sur lequel se base Google mais bien plutôt sur la “pertinence”, au risque d’une destruction à la fin de la valeur : n’avoir plus qu’un oligopole de sujets forts facilement accessibles et devoir avec peine se noyer dans les profondeurs du web pour avoir accès à la vraie info recherchée. Mettre en place les outils de contre-pouvoir afin de ne pas propager qu’une seule vision du monde. Ne pas sombrer dans un futurisme robotique qui viserait à croire qu’on remplace le cerveau humain.

J’aime bien faire l’analogie avec le conservateur de musée, avec cet extrait d’un entretien avec Daniel Roger :

“Le conservateur de musée est l’intermédiaire entre le public et les œuvres. Cette mission comporte des activités très diverses, parfois contradictoires, qui nécessitent une vigilance constante : il faut bien sûr veiller à la conservation des objets, mais en même temps les exposer au public, alors qu’ils seraient bien mieux dans le noir, sans personne autour !”

Un jeu de pouvoir en somme où les historiens vont jouer un rôle clé…

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November 21st, 2010

Le projet des médias sociaux a en partie échoué

by Laurent Francois

Citoyens !

On avait cru il y a plus de 15 ans que le web serait un gigantesque terrain de jeu libératoire.

Un havre de liberté où par la magie des connexions et des liens ce territoire permettrait de mettre en rapport toutes les conditions de succès afin d’améliorer nos sorts d’humain.

Où la sagesse des foules permettrait de préserver peut être nos futurs en goguette des erreurs du passé.

Ce projet a en partie échoué.

4 points de pessimisme sur le sujet, tous liés à la notion d’historicité :

  • l’accès à l’historique des conversations est incroyablement complexe pour le citoyen Lambda. Ici et là des traces de discussion dans les newsgroups des années 90, peut-être, accessibles via des moteurs de recherche. N’empêche qu’on avait oublié dans ces années 90 que le web a d’abord été développé à travers des logiques économiques, pas à travers des logiques vertueuses. Il aurait fallu en avoir, de ces “curators”, à l’époque, afin d’organiser le web. On pourrait rétorquer que les solutions de monitoring existent désormais et permettent d’archiver plus facilement les enseignements. Certes, mais combien de solutions gardent plus de 6 mois de data ? Peu, car cet effort a un coût. Bravo néanmoins au travail des universitaires et passionnés qui tentent cet effort surhumain de construire ces historiques. Des années de perdues, tant pis
  • combien d’articles, notamment des professionnels de la presse, “lient” vers des articles du passé ? Combien de médias ont-ils aujourd’hui cette capacité à sortir des dossiers sur le temps long ? Trop peu, sans doute. Il faudrait penser à insérer dans l’organisation des espèces d’êtres dédiés à ces mises en perspective. N’empêche que le business model a d’abord été conçu, à tort, sur la fast-news et l’actualité. Des années de perdues, tant pis
  • combien de nouvelles idées sont-elles propulsées sur le devant de la scène ? Cette idée démocratique de mettre en avant ou élire un sujet par hasard et d’en faire un débat massif n’a pas eu lieu. Si dans la vie réelle, on peut encore être tirés au sort pour être juré, et délibérer / influencer sur un sujet de fond, il en va tout autrement sur le web social : rares sont les individus qui parviennent à faire émerger des talents ou des nouvelles idées tout de go. Stratégie des acteurs, quand tu nous tiens. Des années de perdues, tant pis
  • combien d’idées iconoclastes ont-elles pu être pérennes, dans les domaines politiques, citoyens ? Combien ont pu passer à travers les mailles des nouvelles “saintetés laïques” -ou non- moralisantes, sous couvert de coolitude ?

Au final, le projet des médias sociaux a en partie échoué; il importe donc de réintroduire les notions de sens et d’objectifs (qu’est-ce que le digital peut nous permettre d’achever dans une stratégie plus globale ?). Afin de ne plus seulement avoir des questionnements du type “à qui profite le crime ?” mais bien “pourquoi communique-t-on ?”.

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