Posts tagged ‘journalisme’

January 2nd, 2012

Le blogging, le journaling

by Laurent Francois

C’est marrant quand même ce débat truffé de mauvaise foi sur le “devoir de rémunération” du blogueur par un média.

Ca se querelle donc sur le pseudo abus des médias (mais lesquels ?) sur nous autres, producteurs de contenus (enfin producteurs…). J’ai l’impression qu’on est sur un faux sujet :

  • derrière le mot “blogueur” se cache une réalité très diverse. Surtout depuis que nous sommes tous des web-bloggers à travers les multiples traces que nous publions consciemment ou non: sommes-nous donc tous des professionnels si nous tenons un blog ? Répétons le : sur overblog, sur wordpress, sur mon nom de domaine, on est déjà une immense majorité ravie de pouvoir écrire (et ô comble du comble, d’avoir un jour un commentaire d’un anonyme honnête )
  • la vérité est que pour qu’il y ait contrat, donc rémunération, il faut qu’il y ait une convention, un engagement, des missions à remplir. Qui sont les médias 1- qui imposent ce travail et demandent donc des comptes à leurs blogueurs 2- les blogueurs qui acceptent ces engagements-ci sans contrepartie ?

J’ai l’impression qu’on agrège plusieurs frustrations :

  • celui du mythe du tout participatif GRATUIT ; c’est ce qu’a essayé de nous faire croire le HuffPo, résultat, c’est Anne Sinclair qui prendra le lead sur la version française : n’y a-t-il pas de hic ? Pourtant, beaucoup des observateurs qui critiquent mon Eric Mettout préféré défendait ce mythe-ci. Ce qui est rare est cher, et c’est donc à travers d’autre systèmes de valorisation qu’il faut réfléchir…
  • celui du journaliste dans une situation effectivement compliquée (enfin compliquée, ils sont pas tous comme les Conti hein!) : doit-il devenir aussi chroniqueur ? doit-il devenir JRI ? doit-il accepter que d’autres joueurs entrent dans sa cour ? Pour voir le sujet au quotidien, ceux qui intègrent de nouvelles pratiques deviennent de vrais “hubs” de connaissance et d’information (on les trouve d’ailleurs là où on parle le moins, à savoir les journalistes mode, lifestyle, culture…). L’indispensabilité se construit, et est valorisée au centuple. Dans une économie de l’attention, les revenus s’accroissent quand le ratio temps/valeur perçue augmente côté lecteurs : tous les producteurs d’information ne sont pas égaux.
  • la mythologie entre “grand journalisme” (mais c’est quoi, au juste ? Un territoire, un pré carré autour de la politique, de Solférino et de la Boétie ???) et “autres journalistes” : j’ai l’impression qu’il n’y a pas plus intolérant qu’un journaliste envers un autre journaliste…Je dis ça, je dis rien…

Peut-être qu’une des pistes sera de repenser la chaine de valeur de l’information. L’article (de presse), différent du commentaire ou de contenus publiés sur les médias participent ensemble à la mission d’information, à orchestrer autour d’autres types de monétisation. Ce qu’achète un internaute (par son temps passé, NDB) n’est pas un article mais un artefact lui permettant de combler son besoin d’information, donc de lien social.

De façon assez cash, puisqu’il s’agit de parler d’argent : le revenu d’un “publieur” sur un site média ne viendra jamais principalement, hormis si c’est son métier, du média lui-même (ou alors vous êtes vraiment dans une situation critique) mais de la façon dont il va utiliser ses compétences et sa parcelle de reconnaissance. En vrac :

  • facturation pour participer à une conférence dans une école
  • missions de conseil plus ou moins officielles pour des gens qui veulent vous écouter (partis politiques, think-tanks…)
  • si vous êtes vraiment people, votre participation à un événement pour une marque etc.
  • vous voulez des noms ? Tapez “nom du blogueur” + conférence, ou bien “nom du blogueur” + conseil”. Juste pour rire.

Ne laissez pas le débat sur le blogging détruire les enjeux du journalisme. En gros, ne faites pas du journalisme du journaling. Ouais.

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October 10th, 2011

Le prix de la tribu : détruire la force des médias sociaux

by Laurent Francois

Citoyens !

Un écho sombre commence à se faire de plus en plus sentir : la fraicheur originelle sentie sur les médias sociaux pourrait bien se faire de plus en plus rare par notre propre faute.

Mark Schaefer en parle brillamment sur SMT depuis quelques jours : Twitter en tant qu’outil d’information serait en train de mourir, et ce à cause des tribus elles-mêmes.

En effet, les effets de groupes affinitaires, s’ils ont de nombreux avantages dans la vie réelle (solidarité, effets de réseaux donc possibilité business…), ont un énorme défaut sur le web social : ils n’ont tendance à ne se faire écho que d’eux mêmes.

Mark lève quelques effets pervers : les “auto RT” par exemple (que je pratique d’ailleurs) où la communauté d’alliés a tendance à ne propulser que les articles / posts émanents des référents. Auto RT qui servent à émerger dans un environnement hyper concurrentiel où un contenu à valeur ajoutée peut avoir du mal à émerger s’il n’est pas propulsé massivement…Une des joies aussi de Google qui à trop faire la part belle au live oublie les jolies archives…

Un effet d’enfermement où la communauté filtre à la fois à l’entrée les nouvelles forces vives (les “hashtags” entre-soi ne sont-ils pas rien d’autres qu’un habitus discriminant ?) ; qui résulte aussi sur un enfermement de sources extérieures (hors informations majeures qui transcendent les communautés d’intérêts, comme un tsunami ou une guerre…).

Natalie Rastoin et Camille François posaient un enjeu que je partage, concernant une hyper personnalisation et de facto hyper-tribalisation de l’information : “ce que j’ai envie d’entendre en tant que consommateur est-il toujours ce qu’il est nécessaire que j’entende en tant que citoyen ?”

Loin d’être sûr. Trois exemples aujourd’hui :

  1. la très mauvaise couverture de l’arrivée d’un Huffington Post in French aujourd’hui, où une communauté journalistico-médias a pollué ma timeline sans rien m’apprendre de plus les uns que les autres. Merci le off de nous renseigner différemment que le CFJ (ça, c’est fait :D ) et que Twitter
  2. l’application Facebook sur iPad, dont l’article sur Mashable a été retweeté environ 10 fois depuis que j’écris ces lignes
  3. aucune info sur les affaires Karachi ne sont parvenus sur ma timeline

Alors 2 idées, comme ça , en conclusion :

  1. faire un travail pertinent de remontée d’information s’assimile presque à de l’investigation, donc requiert du temps : ne vais-je pas abandonner les outils “mainstream” pour me plonger dans les déjeuners de networking afin d’avoir – enfin – accès à l’info que je cherche ?
  2. avec la massification des médias sociaux comme levier de l’industrie de l’entertainment (Twitter a compris que la télévision est son core-business aux Etats-Unis), ne vais-je pas me plonger dans les réseaux “underground” ou cachés ?

Vous en pensez quoi ?

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August 26th, 2011

Twitter : un business comme un autre où l’information n’est pas centrale

by Laurent Francois

Citoyens !

J’ai une gêne de plus en plus forte à utiliser Twitter ces derniers jours. Une gêne que je n’avais pas ressenti au début (2007) et qui commence à m’agacer à outrance…notamment le mythe énoncé dans énormément de médias et auprès d’énormément de groupes d’activistes :

“TWITTER, C’EST LA CHANCE DE DONNER L’INFORMATION POUR TOUT LE MONDE, EN TEMPS REEL, PARTOUT ET TOUT LE TEMPS”

C’est à la fois vrai…pour une minorité de sujets (séisme, tremblements de terre, guerre médiatisée…) qui concentre une énorme partie d’attention médiatique. Et parfaitement faux pour une majorité de sujets. Surtout, ce n’est pas le nerf de la guerre pour Twitter.

Cornell University et Yahoo Researh rappelaient que “a small minority of users–around .05% of the site’s population–are generating half of all Twitter posts“. De là, 2 conclusions possibles :

  1. on est un croyant du “two-step flow” cher à Paul Lazarsfeld et on imagine que des “propulseurs” vont pousser les “tweets” d’information auprès de l’ensemble des niches…
  2. …ou bien on est un cynique et on pense que cette conjoncture n’arrive que très rarement. Car le business de Twitter, ce n’est pas l’information “noble”

A -Twitter est composé d’une majorité d’utilisateurs en petits “clusters” qui ne sont pas en premier lieu concerné par l’information

Linkfluence rappelait “que sur le web, les individus se rassemblent par affinités communes et prennent la parole sur les sujets qui les passionnent, échangeant et faisant communauté autour de ces thématiques. L’influence de même se distribue en fonction de ces sujets, un individu ou un site web n’est pas influent dans l’absolu, il l’est sur un sujet et son pouvoir de prescription ne se réalisera que lorsqu’il l’appliquera à son domaine d’expertise ou d’autorité”. En clair : si je tchatche en ligne, c’est d’abord pour nourrir un bavardage avec des gens comme moi (hypothèse bisounours : nous sommes tous des sociologues et donc nous allons tous porter la science vers l’avant. hypothèse rationnelle : on va parler de la fête de la veille avec son groupe de potes ou commenter en live une émission TV…). Ce qui veut donc dire qu’une majorité d’utilisateurs va suivre de grosses dizaines de personnes maximum, ceci afin de parvenir à garder la main et l’ergonomie pour converser. Un système de SMS amélioré en quelques sortes. Où l’actualité en soi n’est pas la préoccupation principale…

B – En contrepartie de quoi Twitter essaie d’injecter du 2-step flow via les comptes officiels et / ou suggérés et détruirait même la neutralité du réseau, donc l’offre d’informations

Ces logiques de clusters posent un problème à terme pour la valorisation réelle de Twitter : comment faire du business si les “clusters” ou petits groupes d’utilisateurs ne sont pas adressables “verticalement” ? C’est tout l’enjeu des comptes officiels : injecter des verticalités au milieu des groupes d’individus. Certaines fonctionnent plutôt bien (ex : industrie de l’entertainment, médias d’informations…) ; n’empêche qu’on retourne dans une logique d’oligopoles où on réinjecte les “bienheureux acteurs” y compris pure players dans l’expérience quotidienne des citoyens. Et qu’on se le dise : Twitter n’a pas vocation à l’impartialité ni à l’exhaustivité (c’est un business) ce qui pose fondamentalement un problème concernant la qualité de l’accès à l’information. En étant provocateur, Twitter est sans doute un des problèmes (ou symptômes) de la faiblesse du discours sur la neutralité du réseau. “Ce principe exclut ainsi toute discrimination à l’égard de la source, de la destination ou du contenu de l’information transmise sur le réseau.” Twitter est de fait discriminant car introduit des logiques de CRM : écarter les mauvais payeurs. Écarter les mauvais consommateurs. Valoriser les bons clients et les bons consommateurs aka ceux qui un jour injecteront l’argent.

C- Les clusters n’aiment pas être violemment mis en rapport et réduisent donc le champ des possibles ainsi que les points de vue

C’est aussi un point de vue cynique : rares sont les brillants commentateurs du web qui polluent les newsletters digitales aimant le contact avec des communautés d’auditeurs de Skyrock. Rares sont les clusters pro-palestiniens qui conversent avec bonheur avec des communautés pro-israéliennes. On parle beaucoup de point Godwin : dans le cas de twitter, tout est mis en œuvre pour faire une forme de guerre “preemptive” contre ces clashs.

Twitter, serait-ce le mal ?

A mon sens, non. Simplement d’un point de vue de logique d’influence digitale, Twitter est juste un marais belliqueux, qui ne salit pas les mains mais qui peut pourrir les esprits pour qui sait contrôler ses codes. Un peu comme l’implantation de télégraphes pendant la guerre civile américaine, contrôler les facteurs de propulsion de l’information, c’est contrôler le premier la narration d’un sujet, où simplement parler d’un sujet lui-même.  Et s’il n’est pas un marais belliqueux, il est simplement un endroit intéressant pour des passionnés d’échanger quelques bons mots, quelques bonnes ressources…entre autres endroits pour le faire. Il n’est donc pas un endroit où le traitement de l’information serait aidé, ou optimisé. Twitter est un business, un outil. Et seulement ça

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October 24th, 2010

Je crois en la production de contenus, je crois en la presse

by Laurent Francois

Citoyens !

On m’a demandé encore hier pourquoi j’avais rejoint l’industrie de la presse, alors qu’elle serait censée selon les dires des couloirs de décideurs tomber en ruine, en décrépitude.

Je crois pourtant que la presse n’a jamais autant eu de ressorts et de leviers de progression.

Leviers parce que la presse est le seul endroit du monde où des gens sont payés pour raconter notre monde. Caractéristique clé de notre économie de l’attention où finalement ce qui a le plus de valeur, financière, sociale, économique, c’est cette dimension temps / utilité. Et qu’entre une info mille fois dupliquée sans trop de fond et quelqu’un qui prend le temps de décrypter, j’accorderai toujours plus d’attention, de curiosité ou d’engagement à cette dernière.

Je crois en la presse.

Parce que les marques, si elles n’incarnent plus une histoire qui se partage avec ceux qui les peuplent, pourraient bien voir leurs consommateurs devenus actionnaires de réputation s’enfuir seulement vers les marques de distributeur. Et qu’en étant cynique, toutes les marques ne sont pas égales et ne peuvent toucher dans l’imaginaire cent millions d’âme par elles mêmes. Alors annoncer là où les masses critiques de public se trouvent, à savoir la presse au sens large, est évidemment vital. Notamment via des campagnes qui ne soient pas de l’achat au rabais d’espaces peu qualitatifs, mais des programmes plus engageants. L’annonceur aurait tort de faire écrouler le prix de la page et partant de son achat média : il diminue in fine sa propre valeur.

Je crois en la presse.

Parce qu’a contrario, les petits phénomènes, talents, microcosmes, ont besoin à un moment donné de pouvoir être détectés, mis en lumière, narrés. Rares sont les gens ayant la capacité et le temps de pouvoir propulser ces myriades de pépites auprès des bons carrefours. NRJ façonne des icônes, la presse découvre à l’horizontal ce qui se passe.

Je crois en la presse, surtout à l’heure du web social.

Parce que ce web social a été d’abord conçu par l’économique. Par les services, par les fabricants de besoin ou par les opérateurs. Dès-lors, dans ce monde où les règles sont celles d’un certain marché, la place du citoyen est en fait à peine émergente. Il suffit de regarder au-niveau mondial les grandes plateformes pour se rendre compte à quel point le citoyen laissé seul sans média comme contre-pouvoir se retrouve au mieux consommacteurs, au pire simples réceptacles de messages. Sur les plateformes Nike.com, Nestle.com, PainPerdu.com, on voudra toujours in finé vous vendre plus de paires de pompes, plus de chocolat, plus de pain. On vous fera acheter du communautaire. Sur un média, sans tomber dans trop d’angélisme, on pourra aussi vous demander ce que vous pensez des réformes des retraites, de la dernière exposition à la FIAC etc. Le média sera ce formidable carrefour de liens sociaux. Digitaux, ou pas.

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August 20th, 2010

Y a-t-il un trop plein d’informations sur le web ?

by Laurent Francois

Lilzeon aka L.Francois / Daily Dust / a photoblog in Paris

Citoyens !

On lit à outrance que l’infobésité – notion née en 2006 avec le haut débit accessible par tous- de notre monde de flux détruirait in fine la qualité de l’information. Pour Nicolas Voisin, “l’information vit l’instant qui suit celui de la destruction de valeur“. Pour Wired et Anderson,   “Google perd la main, lui dont la force est de connecter et d’organiser les contenus créés par d’autres. Et comment Facebook ou iTunes gagnent du terrain, eux qui choisissent de garder le contrôle sur leurs outils (Steve Jobs est d’ailleurs un fervent partisan de ce système). Une économie “à l’ancienne”, selon Wolff, qui conclut son article en écrivant “après un long voyage, nous sommes de retour à la maison”.

Pourtant, il semblerait que l’on confonde symptômes et syndrome :

  • les symptômes : une perte de sens relative, une crise de la presse, parfois même des nouvelles pathologies (nervous breakdown avec injonction de lâcher le blackberry)…
  • le syndrome : et c’est là que le bas blesse; il s’agit d’un changement d’usages côté utilisateurs / lecteurs / audiences / contributeurs, de nécessaire glissement de vision côté presse (un jour, la rédaction .com devra aussi faire de la télé) et d’une guerre économique qui vise soit à éduquer (ex : NY Times) soit à simplifier (ex : Apple désengagé des réseaux sociaux et son monde d’applications en push).

Louis Morales-Chanard précise le scope du débat :

“Car s’il s’agit d’un phénomène souvent associé à Internet (qu’on accuse de démultiplier les sources et de fragmenter la légitimité à produire de la connaissance), la saturation d’informations est avant tout un effet pervers de la société d’information dans sa globalité -y compris les trivia sur les emballages de produits ménagers”.

En clair : le problème n’est pas le volume de données, mais son traitement, l’accessibilité auprès des publics du produit raffiné, et son historicité.

  • au sujet du traitement de l’information : dès 1934, Paul Otlet expliquait que “le travail de documentation se présente sous un triple aspect : il importe tout d’abord de collectionner et de classer méthodiquement tous les titres de ce qui a été écrit et publié dans les différents pays et aux diverses époques ; puis, l’oeuvre s’élargissant, il y a lieu de réduire en leurs éléments toutes les publications et tous les écrits et de les redistribuer pour en former des dossiers conçus comme les chapitres et les paragraphes d’un unique livre universel ; enfin, devant l’abondance des documents, le besoin s’impose de les résumer et d’en coordonner les matériaux en une Encyclopédie universelle et perpétuelle”.
  • accessibilité auprès des publics du produit raffiné : 2 éléments
    - l’accessibilité a peu à voir avec un moyen purement technique (tout le monde sait installer un plugin…) mais bien avec la capacité à répondre à un objectif qui se base sur l’expression d’un besoin d’un utilisateur. En clair  : “Tom Glocer ajoute un second enseignement : le traitement de l’information doit être adapté en fonction d’un objectif précis. C’est cette utilisation de la ressource, vers une transformation pour un usage final, qui donne la valeur de l’information“. Valeur qui peut bien sûr être diffusé par un schéma d’influenceurs ou de caisses de résonance afin de toucher le public final
    - produit raffiné : il existe une myriade de traitement de la matière informative, de la data. Tout comme le pétrole qui peut ensuite servir à l’industrie pharmaceutique (soigner un cancer du poumon) ou à produire du super sans plomb (qui augmente les chances d’avoir un cancer du poumon…), il importe d’avoir une notion de l’input et de l’output. J’ai presque envie de dire que produire un simple article est insuffisant : y a-t-il matière à l’événementialiser ? A faire écho à un dossier affinitaire ? A appeler les internautes à participer par le biais d’un sondage ? A pourquoi pas le soumettre à des marques pour nourrir leur positionnement ou améliorer leurs services ?
  • historicité : depuis que les journalistes sont supposés avoir perdu la main afin d’être les premiers à sortir l’info (ce bon vieux mythe auquel je ne crois qu’à 3% : seuls les journalistes sont payés pour produire de l’info et éventuellement investiguer, donc avoir accès à ce qui est rare, donc cher…), il importe de mettre un sens à l’histoire. Il est vrai qu’aujourd’hui, le premier rapport qu’on entretient avec une page d’accueil de média est une rivière de news qui bâtonne à tout va, un peu comme les flashs radios. La vraie guerre sera bien sûr dans la capacité à continuer à sortir par coups (des accélérateurs de bouche-à-oreille) l’info que personne n’avait…Coup qui rapidement est rattrapé par la concurrence, qui perd donc dans le temps de sa valeur…mais qui peut retrouver une seconde jeunesse via des dossiers qui s’appuient sur les dizaines d’années d’archive des médias, sur une optimisation de ce dossier via l’intervention de nouveaux interlocuteurs. Si le cinéma gagne toujours de l’argent via les sorties en salle, les marges naissent surtout dans les goodies, dans les DVD, dans les partenariats avec des marques, via des RP…Bref par une extension du cycle de vie du produit

En guise de conclusion, on peut en fait être rassuré par les milliards de données, par le volume croissant de conversations ou de sujets :

  • parce que cette extension ne “finit” pas le monde mais permet au contraire de multiplier les opportunités de création de valeur dans le temps. Des opportunités de curation et de co-création.
  • parce que ce n’est pas parce que le bruit est incessant qu’il n’est pas possible de le faire taire et de l’orchestrer. Ex : dans un concert, le brouhaha est au début suffocant, puis l’artiste prend d’une certaine manière l’agenda et le lead, entrecoupé par des applaudissements : un “bruit qui pense” comme dirait Victor Hugo.

L’enjeu est finalement d’arriver à produire du silence et de la distance : pas à réduire le volume de données ou d’informations.

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June 29th, 2010

5 choses que les blogueurs peuvent apprendre des journalistes

by Laurent Francois

Citoyens !

En rebond à ce post surtweeté et qui prend les journalistes presque pour des truffes, voici 5 choses que les blogueurs peuvent apprendre des journalistes (soyons péremptoires, ça fait jaser :p ) :

  1. les journalistes, pour écrire leurs papiers, font des reportages (et oui ! ) ce qui signifie :
    - mener à bien des interviews
    - observer (ce qui se raconte, ce qui tombe comme dépêche, mais aussi pourquoi pas faire des planques…)
    - se documenter (aller à la bibliothèque, appeler le prof d’université qui est spécialisé dans tel ou tel domaine afin de connaître les 3 ou 4 livres de référence)
    - transformer l’immense matière absorbée en article clair, concis, formaté (même sur le web…)
    - mettre l’article dans une chaine historique du titre média (zoom, infographie, rappel des faits, chronologie, article d’un autre journaliste éclairant un sous-sujet de l’article)

    Autant de missions que le journaliste doit se cogner au quotidien (au risque sinon de se faire blackbouler par ses pairs, par les blogueurs, par la famille, par les gens dont il parle etc.). L’historicité, la mise en perspective, le sourcing seraient autant d’éléments que le “blogueur” devraient à un certain degré intégrer (range, donne, explique !) y compris dans les blogs cuisine (la recette de l’été 2008, c’était comment déjà ?). Seuls sans doute les blogs purement “personnels” sont exemptés (je t’ai dit que j’étais moi aussi péremptoire, c’est comme ça)

  2. les journalistes (en ligne) sont déjà des blogueurs (presque) comme tous les autres
    - c’est un élément que votre serviteur martèle à outrance en paraphrasant Benoit Raphaël et son tonitruant “Demain tous journalistes”, mais nous sommes déjà tous des “web-bloggers/blogueurs”. Par le simple fait de se “logger” à un CMS, le journaliste se met à web-logger.
    Ce qui a pour conséquence de prendre les mêmes habitudes qu’un blogueur non journaliste : vérifier les commentaires, faire des “edits”.
    Alors imaginez-vous les contraintes imposées par votre propre personne (le personal branding passe d’abord par se flageller quotidiennement), mais aussi par un SR, un rédacteur en chef, le type de l’acquisition. En clair, les journalistes en ligne sont malgré eux beaucoup plus au fait que nous, simples blogueurs
  3. les journalistes font partie d’une chaine de production conséquente
    - conf de rédaction, dispatch des sujets, mise en lien avec la prod’ TV, SR, editing, courrier des lecteurs, rubricage, maquette, lien avec le chef de rubrique, prise de tête à la machine à café avec le directeur de la rédaction, lecture du courrier, réception des 10 000 communiqués de presse, point avec le stagiaire…
    - on s’est compris ou je répète qu’il est excessivement agréable de n’avoir que soi-même, et ses lecteurs à gérer ?
  4. les journalistes font du community management depuis le IIème siècle avant Jésus Christ
    - depuis Acta Diurna, l’espèce de gazette romaine, dont le slogan était “rend public et propage”, les citoyens n’ont eu de cesse de reprendre point par point les vues ou informations des “journalistes” et de faire savoir leur mécontentement. Si on considère que le community management moderne est né de la veille de crise, on peut légitimement se dire que réinventer la poudre est au mieux un argument de vente pour agence conseil, au pire une vaste blague (péremptoire, toujours !)
  5. les journalistes sont aimés des blogueurs
    - beaucoup, énormément même : en France, la majorité des liens sortants des blogs part…vers les médias dits traditionnels (ou plutôt les marques médias bien établies comme lemonde.fr ou lefigaro.fr )

La question n’est donc pas de savoir comment transformer les journalistes en blogueurs -ou l’inverse- mais de se demander comment allier nécessité de construire une marque média forte dans un nouveau cycle d’information

Je reprends en conclusion un argument de Maestro :

“La marque média de demain bénéficiera du contenu de sa production mais aussi de ses activités (conférences – tel Les Echos conférences, formations, événements, partenariats…) pour la mettre au service de business nouveaux et lucratifs sur mobile ou avec d’autres marques par exemple. La valeur de la marque média se monnaiera au delà même de son support central : racheter Le Monde est sans doute acheter une marque, pas une manne publicitaire pérenne. Peut-être même jusqu’à survivre à son journal ou magazine d’origine (voir l’ex masculin Max).”

En prenant un parallèle douteux, on devrait revoir nos classiques en se posant la question de la différence entre un café de marque de distributeur et un café de marque “connue” :

  • du design?
  • du service ?
  • de l’événement ?
  • de la qualité ?
  • de la diversité ?
  • de l’amour ?
  • de la fiabilité ?
  • ….

Affaire à suivre.

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April 2nd, 2010

Journaliste, arrête ton buzz, bon sang

by Laurent Francois

Ce matin, j’écoute France Info. Après être passé sur France Inter, après avoir regardé divers flux digitaux, après avoir bu 10 cafés. Après avoir regretté de ne pas être abonné à un média papier, car bon sang, j’ai l’impression de décrépir à force de lire des SMS de news.

La suite sur Tout Ca Magazine.

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