Citoyens !
Une présentation à lire, relire et rerelire encore écrit par Eric Mettout, rédac chef de chic, de choc et de prof de luxe au CFJ.
Savoir écrire pour le web…la dernière présentation que j’avais lu sur le sujet avait été celle de J. Ronez et insistait (je crois que c’était il y a 4 ans) sur l’ergonomie et le sens de lecture.
Avec la présentation d’Eric, vous comprenez tout l’intérêt du sens de la narration avec 2 insights clés que je recite volontiers :
Le mystère Lady Gaga était de la partie en France, à Bercy. Des sourires et des hommes.
Le mystère d’une comète lancée en quelques mois. Des paroles lancées à tire larigot. Des commentaires, multiples.
Et une constante, si on suit le fameux “storytelling”.
Une histoire, si on résume, ce sont 3 parties prenantes :
un producteur / créateur : celui qui va de façon industrielle ou artisanale “créer” l’œuvre ou le produit, c’est selon
l’acteur ou les acteurs : ceux qui vont incarner voire interpréter l’histoire
les audiences : on les oublie souvent, pourtant ce sont eux qui vont s’approprier l’histoire et la porter ailleurs
A l’heure digitale, les audiences sont probablement les plus grands investisseurs de la “durabilité” d’une histoire.
Un exemple clé : les “covers”. Ces réinterprétations proposées par des passionnés, sur YouTube.
Et dans le cas de Gaga, ce qui est formidable, c’est qu’on s’intéresse seulement maintenant à l’avant-personnage. Dans Be cette semaine, dans quelques people mags auparavant.
Car les acteurs sont devenus les audiences. Peu importe l’histoire “Fan 2″ sur Gaga. Ce qui compte c’est le “Fan avec”.
Une bonne source m’a récemment expliqué que l’imagination pouvait être un récit collectif.
Je crois que Gaga a un storytelling d’avance : celui d’avoir proposé un pitch qu’elle “défend” à chaque sortie. Mais qui laisse la part libre aux multiples réappropriations par des citoyens populaires.
Un mythe sans mythe initial. Baudrillard se retournerait dans sa tombe.
Manquerait plus qu’elle ne se jette d’un toit. Un Rimbaud sans saison 2.
Scott Rosenberg nous livre quelques vues intéressantes sur le pourquoi du comment de bloguer. Notamment une idée fondamentale : le microblogging -Twitter- permet d’étendre nos arguments, de prolonger l’histoire des articles et d’accroître leurs poids. Et de rappeler les fondamentaux du blogging :
Raconter sa vie sur un mode extime
Lier, ajouter des références vers des espaces extérieurs
A propos des journalistes et des blogueurs, un extrait de son prochain livre “Say Everything”:
“If you care about the fate of journalism and its role in democracy and culture, this second choice turns out to be the only satisfying option. And when you realize that, you also realize that the debate is over: you have just resolved it. In this controversy, as in most others today, to ignore bloggers is to miss the entire event. Whatever the drawbacks and limitations of blogging, it serves, today, as our culture’s indispensable public square. Rather than one tidy “unifying narrative,” it provides a noisy arena, open to everyone, for the collective working out of old conflicts and new ideas. As the profession of journalism tries to rescue itself from the wreckage of print and rethink its digital future, this is where its most knowledgeable practitioners and most creative students are doing their hardest thinking. “
“The issue: Wikipedia – one of the highest traffic websites on the Internet – makes reference to a large number of IHT stories, but those links are now all dead. They need to delete them all and find new references or use another solution.”"
NDLR : IHT fait référence à l’International Herald Tribune (NY Times compris)
Et pose les questions suivantes :
pourquoi le NY Times se coupe-t-il d’une manne de trafic qualifié ?
les concurrents vont-ils en profiter pour insérer des liens vers des sites concurrents ?
Au-delà, cela soulève quelques problématiques :
une information publiée interagit aujourd’hui dans un écosystème difficile à identifier totalement (citations connexes, liens, lectures dans des agrégateurs) : il importe de créer un agenda, une “boucle” intégrant ces problématiques
le port d’arrimage, c’est-à-dire le site web, ne doit plus être pensée comme émetteur mais comme quartier général (émission, réception, analyse, suivi de l’info)
Il est évident que, selon que vous cherchez le meilleur positionnement dans les moteurs de recherche ou que vous visez un prix littéraire, vous n’écrirez pas de la même manière. Mais que vous n’obtiendrez peut-être pas non plus les mêmes résultats en termes d’audience pour votre blog. En tout cas à court terme, car pour le long terme c’est un autre histoire…
Exact : et j’ai envie de dire une nouvelle fois, vous n’écrivez pas “pour le web”, vous écrivez…tout court ! Pourquoi au juste ?
pour exprimer son opinion
pour tenir un journal
pour entretenir et rencontrer l’autre
pour vous !
pour rien ?
Et au-milieu de ces raisons (s’il en faut une) s’immisce un autre enjeu, qui nous touche tous, à différents degrés : défendre ou assurer notre réputation
faire identifier le fait qu’on est bien l’auteur d’un propos
être sûr que notre voix passe si on est un tant soit peu public
devenir une “référence” dans un domaine
contrôler ou essayer de contrôler le fait que sur certains items, les internautes arrivent bien chez nous
…
Oui mais voilà, défendre sa réputation me semble très différent de l’écriture “pour”. Et réduire l’écriture “SUR” le web a une écriture “POUR” un intérêt “réputationnel” ne tient guère la route sur le long terme
parce que les millions de personnes s’exprimant en ligne aka “SUR” le web n’en ont rien à faire
parce que le talent ne se scrolle pas mais se lit
je le répète encore : parce que le talent ne se scrolle pas mais se lit
parce que ce qui fidélise et attire, c’est justement souvent de l’originalité, du contenu, du propos, de l’éloquence, de la personnalité
parce que ce qui compte en résumé c’est la valeur ajoutée que vous donnez, pas votre intérêt à vous
parce que Junko, Mry, Sushi, Lys et les centaines d’autres que je lis quotidiennement n’écrivent pas “pour” le web mais pour des tas d’autres raisons
parce qu’on ne doit pas mélanger la conversation à seulement du branding
parce qu’à force de donner des conseils de marketers, Google peut faire peur à des voix qui du coup se disent “c’est donc ça s’exprmier en ligne ???”
Il me vient souvent en tête l’idée folle que le weblogueur (quiconque qui s’exprime régulièrement en ligne en se “log-ant” au web) est une forme de correspondant global de presse. Attention, je ne dis pas que nous jouons tous à l’apprenti journaliste, bien au contraire. Mais que globalement, nos correspondances filtrées et organisées par un traitement journalistique peuvent contribuer à un récit collectif, à une narration commune.
“I – Le correspondant local de la presse régionale ou départementale contribue, selon le déroulement de l’actualité, à la collecte de toute information de proximité relative à une zone géographique déterminée ou à une activité sociale particulière pour le compte d’une entreprise éditrice. Cette contribution consiste en l’apport d’information soumises avant une éventuelle publication à la vérification ou à la mise en forme préalable par un journaliste professionnel. Le correspondant local de la presse régionale et départementale est un travailleur indépendant et ne relève pas au titre de cette activité du 16° de l’article L.311-3 du code de la sécurité sociale ni de l’article L.761-2 du code du travail.”
” le correspondant local de presse n’est pas subordonné au rédacteur en chef et il ne peut lui être imposé d’horaire.”
Quels points communs avec un blogueur ou une personne s’exprimant sur le web ?
il collecte de l’info
c’est de l’info de proximité. Proximité du lieu ou proximité de l’affinité
son contenu peut être aspiré par de nombreuses “entreprises” individuelles ou collectives selon divers niveaux de filtrage
il ne rend pas de compte à un rédacteur en chef
il permet de répondre à la question “que s’est-il passé dans ma ville ?” ou à l’heure du village global “que s’est-il passé dans mon univers préféré ?”
Le journaliste doit donc découdre nos échanges pour les recoudre…traiter un récit “localisé” et le confronter afin d’en faire une information.
Le monde s’essaie de plus en plus à des articles écrits en se basant sur ce type de récits comme ces blogs de juristes qui s’emparent du cas Pérol. Mais on se prend à rêver d’un article où tel Ministre serait interrogé, où un blogueur serait cité à côté du représentant du syndicat untel…
Dans les milliards de lignes que l’on se doit de lire chaque jour apparaissent parfois quelques poésies qui permettent de sortir la tête du café filtre et de s’évader. C’est le cas avec la femme aux semelles de vent, énorme lubie/coup de cœur du jour :
“Un jour, ce qu’il y a au monde de plus silencieux et de plus léger est venu à moi.*
Et si, au lieu de dormir, nous restions éveillés ?
Apprendre à vivre en pleine conscience dans la réalité, au lieu de vivre en aveugle dans l’illusion.
Paraître est une chose, être en est une autre. Il faut apprendre à distinguer entre les deux.
C’est par la beauté que l’on s’achemine vers la liberté.
Réversibilité
Un infime mouvement, la tête penchée imperceptiblement sur l’épaule, et voici que l’apparent s’évanouit et qu’il apparaît, Lui, le support du monde.
À l’envers comme à l’endroit ?
Faire le dedans comme le dehors et le dehors comme le dedans ?
C’est comprendre que le germe et son enveloppe, l’essence et l’apparence, sont une seule et même
énergie, un seul et même…
L’être commence à chaque instant.”
L’être commence à chaque instant…A garder, en mémoire et en conscience dans notre modernité liquide…