Posts tagged ‘storytelling de marque’

March 29th, 2012

Et si les storytellers passaient à côté de leur vrai métier ?

by Laurent Francois

Plusieurs ouvrages que je suis en train de lire et campagnes récentes m’amènent à une interrogation : et si les storytellers de grandes marques passaient à côté de leur exercice ?

On voit nombre de marques capitaliser sur des “mythes” qui proviennent de leur histoire. Une sublimation d’une icône d’un côté, la remise en scène d’une création de l’autre…n’empêche qu’en storytelling comme en littérature, les auteurs ne partent pas tous égaux ; en termes de matrice de pensée, les stories s’avèrent en fait être assez pauvres…

  • une marque de luxe va travailler un certain onirisme, nous faire rêver dans un écrin d’élégance, va peut-être faire l’éloge de la grandeur passée … Première remarque, spontanée : qu’est-ce qu’on s’ennuie en regardant ces films longs et mornes !
  • une marque de beauté va insister sur la technicité, sur la promesse produit, sur l’aspect clinique…dans un espace / lieu de vie proche du nôtre et qui pourtant est bien trop propre, bien trop apprêté pour être réel (les pubs Gillette sont un bon exemple) … Seconde remarque : je mets du booster pour la peau quand j’ai trop bu la veille, et je me rase souvent à l’arrache en lisant un journal. Qui me raconte ces histoires là ?
  • une marque de jeans, ne souhaitant plus capitaliser sur son image de cowboy, va du coup s’approprier confusément les révolutions en cours, pour faire de leurs jeans un “objet de contestation”. Mouais.

On pourrait multiplier les exemples à outrance, mais enfin ces stories ressemblent quelque peu aux Arlequins : on sait ce qu’on achète en mobilisant notre cerveau.

Je pense donc que ces stories ne font que du mauvais storytelling. Sautons quelques décades en arrière ; quand toutes ces grandes marques n’étaient pas encore massives. L’histoire alors se conjuguait au présent . Henri Louis Pernod disait déjà il y a 2 siècles qu’il fallait rencontrer un nouvel “ami” par jour. Et bien la marque-vecteur qu’il construisait alors parlait certes rapidement de sa genèse mais faisait la part belle aux projets de ses interlocuteurs, bien réels de leurs côtés. Le storytelling de marque ne visait donc pas seulement à sublimer le passé (juste un peu, si, on mentait sur nos origines, sur nos petites faiblesses passées sans doute…) mais bien à devenir un aspirateur à contact, à porter une dynamique, à donner des rendez-vous à venir.

Et c’est bien là où le bât blesse : combien de marques donnent aujourd’hui des rendez-vous ?

Pour finir :

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June 8th, 2011

Dove Body Language : la saison 2 du storytelling de marque “for real beauty”

by Laurent Francois

Citoyens !

On attendait depuis longtemps qu’une marque globale démontre qu’elle pouvait tenir une histoire sur le long terme, au-delà de l’effet Waouh! d’une bonne idée créative. Qu’une marque réconcilie sur le long terme son positionnement stratégique en le déclinant dans tous ses points de contacts avec les consommateurs et en agrégeant dans la durée tous ses publics pertinents autour de gammes de produits en phase avec le discours commercial.

C’est peut être chose fait avec Dove à travers la campagne “Body Language” qui vient d’être lancé au Royaume Uni, et qui représente la brique 2 de son positionnement “for real beauty” lancé il y a maintenant 6 ans à travers ce “statement” intitulé “Dove Evolution” :


dove evolution par asi

Une campagne ensuite déclinée à travers un jeu de questions-réponses de 2006 à 2010 afin de briser certains stéréotypes sur l’idée de beauté. Plus profondément, Dove avec Ogilvy avait souhaité résoudre une tension sociétale majeure : seules 2% des femmes déclarent se sentir belles dans le monde. “Dove believes the world would be a better place if women were allowed to feel good about themselves.” .

Au-delà de la disruption injectée dans “Dove Evolution”, il s’agissait d’aller plus loin que la simple posture. Stacie Brigh résume l’enjeu pour la marque

The Dove Campaign for Real Beauty started a global conversation about the need for a wider definition of beauty more than six years ago. The Campaign for Real Beauty slogan has not been used consistently across the brand. We aim to create a world where beauty is a source of confidence, not anxiety. We are excited to give all women the opportunity to join us as we work to make our vision a reality. As discussed, we remain committed to real beauty, which will continue to be evident in all of the work we are doing,”
Stacie Brigh Unilever global communications marketing manager

Certains déclarent que pour maintenir une histoire de marque et ne pas être “tactique”, il suffit de réactiver un plan média TV en relançant les “copies”. C’est parfaitement faux et on en a aujourd’hui la preuve. Le storytelling de marques globales passe donc par quelques principes clés :

  • business resilience : la marque globale doit absolument être cohérente dans toutes ses déclinaisons produits avec son positionnement stratosphérique. Car les produits ne sont plus que des leviers, des points de narration d’une certaine manière, entre la marque et ses publics
  • des “saisons” : il faudra plusieurs saisons pour que Buffy retrouve son Angel, plusieurs saisons pour que l’intrigue dans l’intrigue puisse s’exprimer. Il importe donc de saisonnaliser les zones de pression pour une marque. Dove a choisi de le faire par gammes de produits. On pourrait très bien imaginer des croisements plus subtils comme par exemple organiser des pics d’attention (ou climax pour reprendre Charles-Antoine Colomb) sur certaines technologies cross
  • affinity targeting: la communication ne doit pas seulement adresser des “personae” de marques statiques (la femme CSP+ de 40 ans et +, par exemple : est-ce que ça a vraiment encore un intérêt de créer une “illusion statistique” ?) mais bien des personae affinitaires, regroupées par grands centres d’intérêts  (ex : la femme qui a un problème de peau au moment de la ménopause suite à un changement hormonal brusque). Dove a bien compris que ces centres d’intérêts ne pouvaient être approchés QUE comme des plate-formes éphémères de questions / réponses mais bien en injectant une certaine pérennité dans la relation marques / publics (la femme qui a un problème de peau à cause de la ménopause aura peut être besoin de savoir comment ensuite combiner les traitements, comment l’annoncer à sa famille etc.)
  • l’importance de la vie réelle : le supermarché, la cuisine, la salle de bains sont sans doute les zones de contact les plus naturelles avec la marque. Une évidence souvent oubliée, et qui revient à outrance dans les briefs étant donné qu’avec les smartphones, ces territoires sont “reachable”…

 

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February 21st, 2011

Storytelling de marque : de quelques dangers marketing

by Laurent Francois

Citoyens !

Quand on parle de storytelling de marque, on a l’impression ces derniers temps de toucher une partie du Graal du marketeux :

  • enfin une structure qui permettrait de rationnaliser toutes les actions entreprises par une marque
  • un mot savant qui permettrait de valoriser l’utilité du marketeux auprès de ses clients :p
  • une structure dynamique qui permettrait de mettre sur le même plan l’idée créative d’une marque et une organisation

Pas faux, mais pas sans danger. Petite tentative d’analyse (qui me servira de pense-bête). Comme le dit un de mes storytellers préférés Philippe Moreau, une histoire, c’est :

  1. un récit
  2. des acteurs
  3. des publics/audiences

En prenant chacune des briques, un listing d’écueils possibles à garder en tête :

Sur le récit de marque :

Le problème en créant un imaginaire, c’est qu’on déclenche de fait un émotionnel fort entre des publics et la marque. Dès-lors le curseur peut potentiellement se déplacer d’un discours “produit” à un discours “histoire” ; donc sur un plébiscite sur des émotions, pas du rationnel. La boutique Kling parvient à mixer imaginaire fort, acteurs aspirationnels et présentation de la fringue. Le secret pourrait être “de ne pas parler des produits tout en ne faisant que parler des produits” .

Quelques exemples récents d’histoires qui peuvent nuire au business :

  • Gap avec le changement de logo : à nouvelle histoire moyenne et héritage grandiose, la marque se trouve piégée dans son univers historique
  • Old Spice : après le formidable coup tactique accompagné d’une opération de couponing magistral, la marque a comme qui dirait disparu de la surface de la terre. Voir son compte twitter pour se rendre compte du désert narratif. Dans un monde où les histoires sont fragmentées, arrêter net la narration est extrêmement compliqué pour construire une marque toujours présente à l’esprit

Sur les acteurs :

L’un des classiques du storytelling est de s’adosser à une égérie réputée afin de “filer” une histoire entre elle et la marque. Il doit y avoir une forme de complicité et de pertinence entre la marque et le grand nom : des Nike Air Jordan, voilà bien un exemple parfait de co-branding /storytelling percutant, clair, long-terme.

Le problème est que la marque peut se voir cannibaliser par la star ; que la star peut être beaucoup trop volage et donc ne ramène pas l’attention à son ordonnateur mais à une myriade de présence peu intense. Et qu’enfin à force de faire des plébiscites sur un individu, on en arrive à perdre l’ADN de marque

  • Lady Dior avec Marion Cotillard a peut être lassé, non pas à cause de la production (magistrale) mais de l’égérie “marre de voir la Cotillard”
  • “Blue” de Chanel avec Gaspard Ulliel ; adosser un grand réalisateur (Scorcese) à un talent émergent (mais qui en remuant un peu la presse people s’avère être le compagnon d’une RP de Chanel) en proposant une carricature de la masculinité peut être dangereux pour la marque pourtant habitué à d’autres talents comme Anna Mouglalis

Sur les publics

Les audiences sont devenus des publics, et ces publics sont devenus pour certains une partie des “acteurs” de la marque. Le problème est que l’on oublie très souvent 3 pans :

  1. le public habite dans la vie réelle : c’est donc d’abord sur ses besoins concrets qu’il faut activer la relation, pas via un canal de communication
    - les tactiques de géo-localisation sont une première étape digitale vers une inscription IRL des stratégies
    - les guérillas marketing ciblés (ex : Tom of Finland dans le Marais) ont une vraie utilité
    - les activations en retail sont souvent décevantes (cf : des budgets dingues puor des parfums et une expérience déplorable en boutique, je suis toujours surpris par le décalage entre la pub et Marionnaud aux Halles…)
  2. les publics doivent être bien ciblés :
    - mettre les 3 blogueurs du coin (toujorus les mêmes) ne nourrit pas les autres publics mais bien seulement les communautés des mêmes influenceurs (quand communauté il y a)
    - les publics doivent avoir une proposition de valeur claire et à moment donné doivent produire quelque chose (une soirée pour une soirée, ça fera des belles images sur Flickr mais quelle trace restera qui nourrira la marque ?)

Les campagnes Comptoir des Cotonniers sont malines : un idéal de transmission entre génération. Des publics qui incarnent des univers. Une mise en avant et un projet simple. Je ne citerai pas ici le nombre de fois qu’une histoire se retrouve sans public : on dirait que certains marques souffrent du syndrome “web documentaire” à savoir qu’on se fait plaisir en prod’ mais on ne réfléchit pas à comment la campagne va être reçue voire propulsée.

Allez savoir.

C’est une autre histoire !

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November 9th, 2010

ADN de marque offline : un atout, pas un moteur, “luxe oblige”

by Laurent Francois

Citoyens !

Une étude brillante de L2 (Digital IQ Index: Luxury report) sur le luxe apporte du grain à moudre aux storytellers et digital strategists.

En prenant comme études de cas les principales marques de luxe, un postulat intéressant fait débat dans les milieux autorisés :

Il existerait un ADN de marque qui de fait expliquerait pourquoi certains noms “marchent” mieux que d’autres en ligne ; en clair, le poids d’un Vuitton serait tellement ancré dans les esprits que peu importe les actions menées, cet ADN porterait presque seule la notoriété de la marque.

La méthodologie de L2 est futée (on l’utilise tous, mais rarement en utilisant 2 variables en tableau croisé) : benchmarker les grandes marques de luxe en croisant Google & Facebook. Le point d’entrée dans la conversation (la recherche) et la caisse de résonnance des conversations (Facebook).

“A closer look at brand’s number of Facebook Likes versus the number of global monthly organic searches for a brand name on Google – proxy for brand equity online – provides a litmus test to identify brands that are social media overachievers,” says L2 in its latest Digital IQ Index: Luxury report”

Ce qui permet de voir quelles marques sont portées par les individus tandis que les autres ne sont que recherchées.

Les résultats sont éloquents : si Burberry fonctionne aussi bien par rapport à un Rolex, c’est bien qu’il s’agit du résultat d’un engagement fort de la marque sur le réseau social et partant d’une stratégie plus englobante :

“A closer look at the Facebook content scores – frequency of posts, innovative programs, transaction-orientation – reveals that overachievers have scores nearly three times those of underachievers, suggesting success on Facebook is largely the result of platform engagement and programs, not offline equity”.

Ce qui permet d’expliquer que le brand equity “passif” (ou peut-être en schématisant l’ADN de marque offline) non transformé par une vraie capacité à injecter une dimension social media est une destruction de valeur criante : décevoir son pool de consommateurs potentiels (qui vous cherchent) en ne l’incitant pas à s’engager avec vous. D’autant plus vrai aux Etats-Unis où le e-commerce pour les marques de luxe est crucial : il importe d’écrire rapidement des histoires de marque avec comme co-auteurs certains pools d’influenceurs digitaux.

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