Posts tagged ‘storytelling’

August 17th, 2011

5 marques de luxe et de beauté qui font progresser les programmes marketing avec les blogueurs

by Laurent Francois

Citoyens !

Fashionably Marketing, entité respectée du marketing du luxe, de la mode et de la beauté, a sorti 5 exemples de bonnes pratiques entre marques de luxe / beauté et blogueurs. Partant du principe que les dispositifs devaient être réinventés, au vu d’une certaine fatigue entre les équipes marketing et les blogueurs, voici la sélection de FM ainsi que les explications inspirantes

1. Coach

Coach a lancé une collection capsule l’année dernière avec 15 blogueurs. Les objets désignés ont trouvé un certain écho dans la presse et pour certains talents, des deals ont été signés avec d’autres distributeurs. Une façon d’utiliser la puissance de création de férus de tendances ; et pour la marque de se positionner comme tremplin plutôt que comme simple émetteur.

2. Club Monaco

La marque a développé un des programmes les plus complets.  D’abord “the Brown’s Blogger Series avec Shop 24” où des blogueuses UK reconnues donnaient des conseils de style par session dans les magasins Browns (Londres).Pour le lancement de son site de e-commerce Shopbop, la marque a invité une centaine d’influenceurs à un “Tweetup” générant de l’attention soutenue au moment du lancement. Afin de maintenir l’attention, la blogueuse Jennine Jacob tient un blog sur le denim,  affilié à la boutique. Club Monaco a aussi lancé sa plate-forme d’inspirations “Culture Club”, à travers un dispositif impliquant les blogueurs à produire une série de contenus photos. 1500 appareils additionnels étaient distribués aussi dans les rues de New York dans des quartiers choisis afin de générer du drive to naturel.

4.  DKNY

DKNY agit là aussi comme tremplin d’opportunités. Bagsnob a pu designer une série de sacs à mainsb ; chaque semaine, DKNY interviewe des blogueuses pour exprimer les tendances qui comptent. En réactif, la marque essaie de trouver des projets plus personnalisés en répondant aux propositions de séries d’influenceurs.

5. MAC Cosmetics

MAC, avait envoyé 9 blogueuses à Toronto pour aider à finaliser une ligne de cosmétiques, désormais disponibles depuis quelques jours.

 

En résumé :

  1. des expériences exclusives et à géométrie variables en fonction du public d’influenceurs visé: certains sont utilisés comme propulseurs, d’autres comme co-créateurs
  2. des expériences mêlant offline et online, où le “offline” sert à lancer du “online”
  3. une capacité à utiliser les passions et les talents : écriture et photographie, ainsi que la capacité à exprimer un avis. Nothing more
  4. des programmes qui s’étoffent entre approches réactives (mettre à disposition des solutions à des propositions de consommateurs avertis) et anticipés (un dispositif clairement défini depuis le début dans une approche stratégique annuelle)
  5. des programmes où les marques n’endorsent plus des influenceurs mais où ce sont les blogueuses elles mêmes qui jouent le rôle de “sponsors”

Comme on le voit, on en est encore à la préhistoire de ce que le marketing peut faire sur les relations entre influenceurs et marques. De jolies perspectives à venir. De quoi décomplexer nos dispositifs :)

 

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June 8th, 2011

Dove Body Language : la saison 2 du storytelling de marque “for real beauty”

by Laurent Francois

Citoyens !

On attendait depuis longtemps qu’une marque globale démontre qu’elle pouvait tenir une histoire sur le long terme, au-delà de l’effet Waouh! d’une bonne idée créative. Qu’une marque réconcilie sur le long terme son positionnement stratégique en le déclinant dans tous ses points de contacts avec les consommateurs et en agrégeant dans la durée tous ses publics pertinents autour de gammes de produits en phase avec le discours commercial.

C’est peut être chose fait avec Dove à travers la campagne “Body Language” qui vient d’être lancé au Royaume Uni, et qui représente la brique 2 de son positionnement “for real beauty” lancé il y a maintenant 6 ans à travers ce “statement” intitulé “Dove Evolution” :


dove evolution par asi

Une campagne ensuite déclinée à travers un jeu de questions-réponses de 2006 à 2010 afin de briser certains stéréotypes sur l’idée de beauté. Plus profondément, Dove avec Ogilvy avait souhaité résoudre une tension sociétale majeure : seules 2% des femmes déclarent se sentir belles dans le monde. “Dove believes the world would be a better place if women were allowed to feel good about themselves.” .

Au-delà de la disruption injectée dans “Dove Evolution”, il s’agissait d’aller plus loin que la simple posture. Stacie Brigh résume l’enjeu pour la marque

The Dove Campaign for Real Beauty started a global conversation about the need for a wider definition of beauty more than six years ago. The Campaign for Real Beauty slogan has not been used consistently across the brand. We aim to create a world where beauty is a source of confidence, not anxiety. We are excited to give all women the opportunity to join us as we work to make our vision a reality. As discussed, we remain committed to real beauty, which will continue to be evident in all of the work we are doing,”
Stacie Brigh Unilever global communications marketing manager

Certains déclarent que pour maintenir une histoire de marque et ne pas être “tactique”, il suffit de réactiver un plan média TV en relançant les “copies”. C’est parfaitement faux et on en a aujourd’hui la preuve. Le storytelling de marques globales passe donc par quelques principes clés :

  • business resilience : la marque globale doit absolument être cohérente dans toutes ses déclinaisons produits avec son positionnement stratosphérique. Car les produits ne sont plus que des leviers, des points de narration d’une certaine manière, entre la marque et ses publics
  • des “saisons” : il faudra plusieurs saisons pour que Buffy retrouve son Angel, plusieurs saisons pour que l’intrigue dans l’intrigue puisse s’exprimer. Il importe donc de saisonnaliser les zones de pression pour une marque. Dove a choisi de le faire par gammes de produits. On pourrait très bien imaginer des croisements plus subtils comme par exemple organiser des pics d’attention (ou climax pour reprendre Charles-Antoine Colomb) sur certaines technologies cross
  • affinity targeting: la communication ne doit pas seulement adresser des “personae” de marques statiques (la femme CSP+ de 40 ans et +, par exemple : est-ce que ça a vraiment encore un intérêt de créer une “illusion statistique” ?) mais bien des personae affinitaires, regroupées par grands centres d’intérêts  (ex : la femme qui a un problème de peau au moment de la ménopause suite à un changement hormonal brusque). Dove a bien compris que ces centres d’intérêts ne pouvaient être approchés QUE comme des plate-formes éphémères de questions / réponses mais bien en injectant une certaine pérennité dans la relation marques / publics (la femme qui a un problème de peau à cause de la ménopause aura peut être besoin de savoir comment ensuite combiner les traitements, comment l’annoncer à sa famille etc.)
  • l’importance de la vie réelle : le supermarché, la cuisine, la salle de bains sont sans doute les zones de contact les plus naturelles avec la marque. Une évidence souvent oubliée, et qui revient à outrance dans les briefs étant donné qu’avec les smartphones, ces territoires sont “reachable”…

 

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April 26th, 2011

Alastair Campbell : inspirer le citoyen (aussi) avec les médias sociaux

by Laurent Francois

Citoyens !

Une jolie rencontre ce matin chez Terra Nova, en petit comité, avec l’un des spin doctors les plus côtés d’Europe, Alastair Campbell. On avait notamment appris à le connaître pour son rôle crucial auprès de Tony Blair qui les avait conduits au 10, Downing Street, en 1997.

A un an des Présidentielles françaises, les questions sont multiples : que faire contre la désaffection populaire des Urnes ? Internet a-t-il un rôle à jouer ? Peut-on voir émerger en Europe des Barack Obama ?

Penser stratégie, pas tactiques

Alastair Campbell n’a eu de cesse de marteler pendant l’heure et demi d’échange une idée centrale : les campagnes modernes doivent certes intégrer les nouveaux canaux de communication ; n’empêche que reste au coeur d’une mobilisation ou d’un engagement des citoyens une stratégie claire.

Il prend l’exemple de John McCain vs Barack Obama ; McCain avait au début de sa campagne une stratégie :

“j’ai beaucoup d’expérience” + “je ne suis pas George Bush”

Mais l’expérience a tourné court quand il a pris comme second ticket Sarah Palin : il devenait incohérent avec la deuxième partie de sa stratégie

Obama en revanche est resté cohérent avec sa stratégie : Yes We Can

Yes = optimisme

We = ensemble, le hyphenated American dans toute sa splendeur

Can = un effort à faire

Une stratégie = un homme, une équipe “noyau” (core team) et des supporters (ainsi que de l’argent)

Pour Alastair Campbell, l’histoire politique a toujours été une histoire d’hommes. Pour les élections américaines, il reprécise que tout en haut se trouvait Obama, entouré d’une équipe “noyau” qui filtrait les demandes et orchestrait les injonctions aux “suiveurs”. Cet effort ne pouvait avoir lieu qu’avec une masse conséquente d’argent. Et de repréciser qu’Obama a refusé de limiter les dépenses et les flots de dons reçus, bien au contraire.

Le stratégiste précise que si en 1997, sa posture était “Command and Conquer”, internet pousse les stratèges à libérer les idées et à faire confiance au maximum aux militants.

Du temps du débat au temps de la décision

Pour Campbell, le mal français est une question de timing politique. Pour lui, la France est perpétuellement dans une période de débat…alors que les éléments de véracité d’un discours politique doivent se trouver dans les décisions prises, les actions concrètes.

Le politique doit faire la météo médiatique. Et cette météo doit donc suivre en filigrane les décisions politiques.

Pour Campbell, Sarkozy a eu raison d’occuper le terrain des médias ; en Grande Bretagne par exemple, les spin doctors doivent pouvoir générer 3 points d’intérêts par jour, avec comme enjeu de rester en ligne avec la stratégie.

La rétribution du militant : la responsabilité !

Face à la désaffection de la militance, et la panne interne aux partis (ce qui se passe à la section du Périgord reste à la section du Périgord, sic), se posent la question des moyens d’engagement et de “fidélisation” des militants.

Campbell voit dans la responsabilisation des militants la plus belle (et la plus engageante) des rétributions. Aux Etats-Unis, en devant en partie les actionnaires de la réputation d’Obama, le militant était investi d’une mission claire, avec une valorisation évidente.

Campbell compare la relation au politique aux relations amoureuses : une phase d’idéalisation, une phase d’euphorie. Et puis une rencontre avec la réalité du quotidien. Il prend l’exemple de Lula : tous les mariages ne sont pas voués à l’échec, puisqu’il bénéficiait à sa sortie de 80% d’opinions positives, soit plus que pendant sa campagne.

Toujours dans cette veine, Campbell rappelle que si les citoyens ne croient plus aux médias ni aux politiques en général, ils croient en eux-mêmes … en particulier. Et les réseaux sociaux de décupler ces potentiels ; il prend l’exemple d’une femme qu’il a rencontrée lors d’une conférence et qui lui a dit :

“I don’t know you but I’m your friend”

Casser la logique médiatique pour reprendre la logique du bouche-à-oreille réelle entre citoyens

Pour Campbell, un des ennemis à combattre, ce sont les médias “traditionnels”. Et de reprendre une citation de Bill Clinton :

“La force des médias est si puissante que les politiques y créent leurs propres réalités”.

Donc un des enjeux pour les politiques est de couper court à cette illusion est d’entrer en relation direct avec les citoyens…

Fabriquer du consentement dans une illusion de participation

Ce que j’en retiens (et ce n’est ni une critique négative, ni un cri de joie) : il importe de parvenir à créer du consentement en maximisant les capacités de propagation des messages clés des politiques.

En clair, le rôle d’un spin doctor est de livrer sans merci une bataille “création d’arguments vs destruction d’arguments“.

On parlait ici récemment de “deep acting“. Je crois que le web dit social n’a jamais autant mis cet enjeu au coeur du politique.

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April 3rd, 2011

Storytelling de marque : l’intimité comme nouvelle frontière ?

by Laurent Francois

Citoyens !

On a vu depuis quelques mois une profusion de marques qui viennent de glisser leur socle de marque depuis un discours sur le bénéfice produit vers un discours “histoire”.

Les exemples sont nombreux, notamment auprès des marques grand public de sport:

  • Nike et son “better world
  • Puma et ses “after hours athletes
  • Nivea et son intéressante stratégie pour entrer dans l’intimité de nos histoires individuelles

Une pression sur les marques à façonner des “stories” accrue par le digital ; dans une économie de l’attention, une fois un coupon de réduction envoyée auprès d’une base cible, il va s’agir pour les directions marketing de parvenir à maintenir un lien, un intérêt pour l’individu à ne plus seulement être un prospect dans une base mais bien un “contact” activable en fonction des actualités produit. L’histoire, la story, serait cette formidable matrice qui permettrait aux marques d’agir sur l’intérêt ou non d’un public cible, en proie à des messages aspirationnels dans un quotidien régulé par un “voyage” digital ; dans ce voyage où l’on cherche à la fois de l’information mais où surtout on prolonge nos existences (on parle à nos êtres chers en continu sur les chats, on commande nos prochaines vacances en live, on BBM entre deux pauses clope…), les marques cherchent à maintenir un lien souple avec nous. Elles voudraient organiser nos vies de consommateur sur le mode des chapitres d’un livre ; on lâche rarement un bouquin en effet après avoir entamé un début d’histoire qu’on aime.

Pourtant, si le postulat marketing est en théorie simple, il est pourtant beaucoup plus compliqué – et osons le dire, déceptif à date – à orchestrer.

Le lecteur comme actionnaire du succès d’une histoire

Une histoire est un tissu de non-dits. C’est notamment Umberto Eco qui en 1979 développait cette idée dans Lector in Fabula. En clair : pour qu’une histoire fonctionne, le lecteur doit avoir pénétré un univers (proche d’une encyclopédie, qui lui permet de naviguer dans le contexte établi) et se sentir quasi investi d’une mission : “générer un texte signifie mettre en oeuvre une stratégie dont font partie les prévisions des mouvements de l’autre – comme dans toute stratégie“. Le mécanisme interprétatif et autonome sont donc intrinsèques à la story mise en oeuvre; on comprend mieux les phénomènes d’attachement par exemple à des personnages de série (Barney de HIMYM est finalement un modèle de “super pote” dans lequel on arrive à anticiper ses actions futures, alors même que le personnage n’existe pas en tant que tel ! ). Le digital pousse cet argument un cran plus loin : le lecteur est actionnaire de la réputation de l’histoire à laquelle il va être exposé. Va-t-il être ambassadeur et propulser l’univers ailleurs, à la manière des colporteurs d’encyclopédie universelle ? La story prendra alors une immense valeur.

N’empêche que dans les dernières campagnes ou socles de communication proposés, la story laisse à désirer sur ce pan. Nike dit : “j’ai une story” mais n’arrive finalement à démontrer en rien la véracité de son oeuvre : on n’a toujours pas d’interactivité avec l’histoire proposée, on n’a toujours pas de territoire de non-dits (les références historiques ne sont pas des non-dits) et on ne sait pas quoi faire pour enrichir la réputation de Nike (ou alors à considérer que tweeter le lien YouTube vers une pub est suffisant). On est sur un postulat publicitaire statique. Rien de plus.

Le lecteur, acteur intimiste d’une oeuvre publique : le marketing de l’extime comme nouvelle frontière ?

Quand on lit une nouvelle, un récit, on est forcément tout seul, même accompagné. Ce qui maintient l’intérêt de demander à l’autre ce qu’il a pensé d’un film ou d’une pièce, même assis à côté. Nous percevons par notre logiciel intime notre perception à la story.

Des marques osent donc aller encore plus loin en proposant d’adresser directement notre intime en donnant naissance en étape 2 à un lieu public pour exprimer notre ressenti. L’exemple de Nivea aux Etats-Unis est édifiant, avec son opération “Cupid’s Challenge“, présentée comme rubrique au même titre que des bons de réduction pour les produits dans les différents espaces sociaux de la marque.

L’exemple pourrait faire sourire a priori. Mais Nivea a bien lancé depuis de nombreux mois désormais une plateforme “Kiss” avec l’aide de 2 stars de la TV US, Nick Lachey & Vanessa Minnillo. Un des objectifs : donner du coaching amoureux aux consommateurs (donc dicter ce qui est bien ou mal) ; viraliser l’amour des gens entre eux; faire la promotion des produits de massage Nivea, sensés permettre un regain de libido pour les couples.

Une mécanique rusée qui démontre néanmoins ses limites : certes on publicise la vie privée de couples stars d’un jour. Mais une fois jetés en pâture, on se rappelle alors crument qu’un savon, c’est d’abord fait pour se laver. Et que le chapitre 2 du Cupid’s Challenge est vide comme un scénario de Real TV. Justement parce qu’il n’est pas real.

Le consommateur, en demande d’une hiérarchie de valeurs

Alors entre ces marques qui ne parlent que d’elles et ces marques qui ne veulent parler que de nos moi-intimes, n’y a-t-il pas un rééquilibrage pertinent à envisager ? Peut-être à reprendre un des principes des jolies histoires, comme le rappelle le New Scientist: il ne s’agit pas de pénétrer nos émotions pour les manipuler mais bien de comprendre nos valeurs et nos aspirations afin de nous proposer une aération, un échappatoire, un moment significatif. Il y a 20 ans, Snickers du groupe Mars décidait par exemple d’ouvrir des terrains de sport dans des cités défavorisées. Une façon d’apporter un chapitre d’une story de marque où il s’agissait de comprendre un besoin d’un public de consommateurs mais surtout de gens qui voulaient bouger le week-end avec une volonté pour certains de se faire détecter par des grands clubs. C’était il y a déjà 20 ans.

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March 11th, 2011

La guerre des marques pour être “information maker”

by Laurent Francois

Citoyens !

Des parallèles intéressants sont à mettre en lumière entre ce que vivent les médias et ce que veulent vivre les marques. La peur de se faire déposséder de son utilité en tant qu’information-maker, à savoir émetteur des courants qui vont faire sens auprès d’un groupe d’individus, semble traverser les esprits des décideurs de notre monde.

Pourtant, on pourrait se demander si l’on ne s’est pas trompés de débat depuis le début des 30 Glorieuses. A savoir qu’une situation d’oligopoles statiques pourrait être une situation absolument anormale.

Or une grande partie de la littérature managériale s’est inspirée de cette économie de l’offre ; les théories économiques traitant de la demande ne se posant qu’une seule trajectoire : comment celle-ci pourrait nourrir de nouveau les “offreurs” déjà existants.

Et pourtant, ces théories ont sans doute oublié que nous sommes tous des petites marques en puissance. “L’artisanat, premier employeur de France”, comme dirait l’autre. Ou que chez L’Oréal, on met en opposition interne des chefs de produit ou directeurs de marque avec comme brief d’aller plus vite que son collègue pour lancer un produit pertinent. Bref, L’Oréal instaurerait un climat de concurrence dite  “pure et parfaite” afin de réintroduire de la créativité dans tous ses étages. Drôles de marques “homogènes”

Dès-lors, en simplifiant, plutôt que de se demander pourquoi Starbucks ou Coca continuent à perdurer en tant que marques à un niveau macro, on pourrait les considérer bien plutôt comme des “supers incubateurs”, pipeline d’argent pour tenter de perpétuellement lancer de nouveaux produits.

Etranges attitudes qui forcent à instaurer une connaissance de la “demande”, à savoir nous autres, entités consommatrices. Mais non pas pour nous apporter une réponse à un seul et premier degré sans temporalité (mon voisin me casse les bollocks, on me fournit donc un flingue pour le tuer) mais bien plus complexe afin de comprendre mes différents cheminements journaliers (mon voisin me casse les bollocks, je sors au café d’en bas, je rencontre le copain JP, je passe m’acheter un kebab, le voisin a arrêté sa musique, je démarre la TV…). En complexifiant l’analyse de la demande, on développe en fait toute une myriade d’opportunités de business.

En faisant la comparaison avec l’industrie de la presse, par exemple, il ne s’agit pas de se demander si nos métiers de producteurs d’information vont mourir au profit des “demand media” ou autres éditeurs de contenus “citoyens”, voire marques qui seraient censées remplacer nos rédactions, mais de comprendre nos nouveaux trajets. Je vais peut-être aller sur Le Post porté par une recommandation d’un ami, puis essayer de lire un dossier de fond sur LEMEDIA.fr, tout en migrant sur un onglet deezer pour écouter de la musique pendant que ma famille ma parle sur Gtalk. Et peut-être que LEMEDIA.fr va me proposer de me tenir informé sur un sujet préféré. Peut être que LEMEDIA.fr va détecter que j’écoute de la musique sur Deezer et me proposer une sélection de titres de sa rédaction et de ses communautés. Et peut-être que je dirai oui à entrer, à m’engager dans cette communauté. Parce que facilitatrice, parce que synthèse, parce que permanence entre ma myriade de besoins et la confiance en leurs services. Quoiqu’il en soit, comprendre ce cheminement, c’est en fait comprendre toutes les étapes sur lesquelles je vais m’arrêter. Et donc potentiellement être réceptif à une proposition de valeur émanent d’un annonceur.

Un peu comme ces voyages organisés au Caire où l’on va me faire stopper devant les pyramides et le village de créateurs. Un peu comme ces voyages où l’on me propose plusieurs cartes dans le même hôtel. Ce n’est pas parce que l’auberge de jeunesse à côté m’offre la vodka que je vais abandonner le confort d’un lit propre. Ce n’est pas parce qu’Atlantico a ouvert ses portes que je vais abandonner ma lecture du Figaro. A d’autres portes, d’autres expériences.

Il en va de même pour les marques tout court, donc. Sauf qu’à vouloir devenir “information maker“, on confond peut-être technologie de production de contenus et contrats de lecture.

Je vais être direct : les expériences proposées par Nike ou Adidas me paraissent tellement similaires et tellement loin de mes centres d’intérêts que je n’accepterai jamais à date de m’engager plus en profondeur avec ces marques, même si une publicité peut me plaire. Etre “information maker“, c’est accepter d’entrer dans un contrat de lecture où le lecteur n’est pas une audience mais bien quelqu’un avec qui vous parlez. Qu’être “information maker”, c’est d’abord entrer le lien social des individus.

Un Libé, c’était (et ça peut être) lu quotidiennement au café, comme signe revendicatif. Abandonner Libé, quand un nouveau directeur de la rédaction arrive, c’est un risque à prendre pour le titre; Nike ou Adidas ne savent que difficilement faire des plébiscites sur leurs idées.Rares sont les marques courageuses qui acceptent de mourir un peu volontairement pour se refaire paradoxalement une santé. Les exemples de Starbucks ou plus récemment de Gap sur le changement de logo sont des exemples saillants de ce qui devrait désormais être une évidence : chercher un consensus absolu à l’ère les médias sociaux et auprès de ses publics est au mieux une hérésie, au pire une destruction de valeur.

A ce stade, si les marques ne portent plus d’idées à destination de citoyens éduqués à la consommation, je vais donc revenir à des choix rationnels et revenir à des MDD ou à des pure players. Qui à défaut d’être “information makers”, répondent rationnellement à mes demandes exprimées.

(ce post m’était d’abord destiné, désolé de la longueur et du mauvais enchainement, je ferai mieux la prochaine fois)

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February 23rd, 2011

Définition du storytelling : une pratique à travers tweets

by Laurent Francois

Citoyens !

Le storytelling connait un débat profond sur son sens, entre “orchestrateurs”, “orchestrés”, “exposés” et “exposants-annonceurs”. S’agit-il d’une pratique qui invite à repenser l’ensemble des stratégies marketing & com’ ou d’un simple buzzword utilisé par un milieu de spin-doctors ? Tentative de décryptage grâce aux contributions fort pertinentes sur Facebook et Twitter. Merci à eux. Ce qu’on en retient :

  • le storytelling en tant qu’architecture de communication qui transcende les disciplines
    - il s’agirait d’une pratique transversale, allant au-delà des départements marketing classique
    - production & propulsion semblent être son ADN
    - le copywriting entre donc au service de la story : des messages pour amener in fine à un univers entier
  • le storytelling comme discipline de vente
    - l’objectif final pour le storyteller : créer du consentement ; donc au final, faire accepter “naturellement” le passage à la caisse
    - on va donc bien au-delà de l’émotionnel des publicités créées dans les 80s : on va au-delà d’un simple “call to reaction” mais bien à une fabrication d’adhésion à des valeurs co-créées entre les marques et les consommateurs. On rejoint les enjeux du deep acting, donc.
  • éditorial et digital main dans la main
    - les histoires se fragmentant à outrance avec les nouvelles zones de contact “story” / individus, il importe de cadrer dès la conceptualisation de l’histoire les zones d’exposition, d’échange voire d’interaction. D’où l’enjeu de penser éditorial et digital en mix
    - l’éditorial anticipe, le digital réactive
  • une scénarisation de la rencontre entre des besoins de citoyens et une marque au meilleur d’elle-même
    - il semblerait que les avis divergent sur la notion de besoins : s’agit-il de besoins exprimés ou de besoins révélés ?
    - une sublimation qui passe donc foncièrement par une dimension excluante : si je comble un besoin de groupes, je ne parle pas à un autre groupe. Il importe donc d’ajouter de nouvelles pratiques à l’ADN du Storytelling : CRM ? Veille-planning des conversations en ligne ?
  • le storytelling pourrait être une immense supercherie
    - son ambition est si grande pour ses détracteurs que la pratique n’existe finalement pas en tant que tel ; on parle de marketing, point
    - le storytelling pousse aussi à se demander si toutes les marques peuvent “produire” une histoire ; si tout est histoire, on oublierait que l’un des moteurs du consommateur, c’est le coupon de réduction. Une autre histoire

L’ensemble des contributions : suivez-les, ils sont brillants :

Brieuc Saffré
_brieuc Brieuc Saffré
pr moi, ça reste avant tout du pipo le #storytelling
Antoine Allard
antoninocorazon Antoine Allard
pour rajouter mes 2 balles à la réflexion : 1/ importance cruciale de la “sérification” qui rythme la mise en scène 2/ Tenir compte du rapport aspirationel ET émotionnel de la cible ac les médias et terminaux où se racontent l’histoire
Alexandre Miletitch
miletic Alexandre Miletitch
le #Storytelling est un programme scénarisé à durée déterminée mettant certains de ses attributs (valeurs, égéries) avec lesquels les consommateurs peuvent interagir 2/2
Yann
Yann_ Yann
une histoire pour captiver la cible et lui transmettre des valeurs, idées … et en susciter l’adoption/l’adhésion ?
Victor L_
BirdyVictor Victor L_
Storytelling: faire coïncider les désirs/besoins/préoccupations du public avec les bénéfices/visions d’une entreprise/marque 1/2 Dans une démarche “scénaristique” qui fait interagir/converser tous les acteurs et se déploie sur plusieurs supports/formats 2/2
Guillaume Clarke
GuillaumeClarke Guillaume Clarke
A l’inverse du copywriting qui doit créer un message, le storytelling doit inventer un monde, un environnement.
Caroline Montenegro
K_rolin_e Caroline Montenegro
Je sais pas
Ph. Moreau Chevrolet
moreauchevrolet Ph. Moreau Chevrolet
Le #Storytelling c’est une combinaison d’éditorial et de digital… 1/2 pour produire une nouvelle relation entre les consommateurs et les marques En s’appuyant sur les acquis de la neuroscience 2/2

Pour moi, le renouveau du #Storytelling s’appuie sur les acquis de la #neuroscience et les apports de Damasio ou Lakoff. Notamment.

Tristan
tristan_ Tristan
raconter une histoire de marque qui montrent des valeurs auxquelles les gens pourront s’identifier. 1/2et la version digitiale (et why not transmédia en fait) consiste y impliquer le public pour lui faire parcourir un petit voyage :)
Nicolas Perpétuité
NPerpetuite Nicolas Perpétuité
l’évangelisme par la narration… donc une technique de vente

Aha définition trop complexe pour tenir dans un commentaire de status j’imagine..
Tout ce qu’on oublie de nous dire ? :)

Représenter ce que nous ne pouvons pas voir.

C’est l’histoire de notre capacité à (faire) luminescer. De l’intérêt de créer l’envie…

un mot pour dire affabulation :D

Romy Broda moi j’ai ça qui s’applique à l’anim surtout : travail d’écriture adaptative à des supports multiformes permettant au consommateur d’être partie prenant de l’expérience et de continuer la proximité et la complicité avec son héros selon ses modes de consommation

La trame de fond de la séduction, Laurent ;)

Je dirais créer l’architecture d’une histoire basée sur des faits et… acte de communication :) (sinon, comme tout le monde, j’ai des ppt)

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February 21st, 2011

Storytelling de marque : de quelques dangers marketing

by Laurent Francois

Citoyens !

Quand on parle de storytelling de marque, on a l’impression ces derniers temps de toucher une partie du Graal du marketeux :

  • enfin une structure qui permettrait de rationnaliser toutes les actions entreprises par une marque
  • un mot savant qui permettrait de valoriser l’utilité du marketeux auprès de ses clients :p
  • une structure dynamique qui permettrait de mettre sur le même plan l’idée créative d’une marque et une organisation

Pas faux, mais pas sans danger. Petite tentative d’analyse (qui me servira de pense-bête). Comme le dit un de mes storytellers préférés Philippe Moreau, une histoire, c’est :

  1. un récit
  2. des acteurs
  3. des publics/audiences

En prenant chacune des briques, un listing d’écueils possibles à garder en tête :

Sur le récit de marque :

Le problème en créant un imaginaire, c’est qu’on déclenche de fait un émotionnel fort entre des publics et la marque. Dès-lors le curseur peut potentiellement se déplacer d’un discours “produit” à un discours “histoire” ; donc sur un plébiscite sur des émotions, pas du rationnel. La boutique Kling parvient à mixer imaginaire fort, acteurs aspirationnels et présentation de la fringue. Le secret pourrait être “de ne pas parler des produits tout en ne faisant que parler des produits” .

Quelques exemples récents d’histoires qui peuvent nuire au business :

  • Gap avec le changement de logo : à nouvelle histoire moyenne et héritage grandiose, la marque se trouve piégée dans son univers historique
  • Old Spice : après le formidable coup tactique accompagné d’une opération de couponing magistral, la marque a comme qui dirait disparu de la surface de la terre. Voir son compte twitter pour se rendre compte du désert narratif. Dans un monde où les histoires sont fragmentées, arrêter net la narration est extrêmement compliqué pour construire une marque toujours présente à l’esprit

Sur les acteurs :

L’un des classiques du storytelling est de s’adosser à une égérie réputée afin de “filer” une histoire entre elle et la marque. Il doit y avoir une forme de complicité et de pertinence entre la marque et le grand nom : des Nike Air Jordan, voilà bien un exemple parfait de co-branding /storytelling percutant, clair, long-terme.

Le problème est que la marque peut se voir cannibaliser par la star ; que la star peut être beaucoup trop volage et donc ne ramène pas l’attention à son ordonnateur mais à une myriade de présence peu intense. Et qu’enfin à force de faire des plébiscites sur un individu, on en arrive à perdre l’ADN de marque

  • Lady Dior avec Marion Cotillard a peut être lassé, non pas à cause de la production (magistrale) mais de l’égérie “marre de voir la Cotillard”
  • “Blue” de Chanel avec Gaspard Ulliel ; adosser un grand réalisateur (Scorcese) à un talent émergent (mais qui en remuant un peu la presse people s’avère être le compagnon d’une RP de Chanel) en proposant une carricature de la masculinité peut être dangereux pour la marque pourtant habitué à d’autres talents comme Anna Mouglalis

Sur les publics

Les audiences sont devenus des publics, et ces publics sont devenus pour certains une partie des “acteurs” de la marque. Le problème est que l’on oublie très souvent 3 pans :

  1. le public habite dans la vie réelle : c’est donc d’abord sur ses besoins concrets qu’il faut activer la relation, pas via un canal de communication
    - les tactiques de géo-localisation sont une première étape digitale vers une inscription IRL des stratégies
    - les guérillas marketing ciblés (ex : Tom of Finland dans le Marais) ont une vraie utilité
    - les activations en retail sont souvent décevantes (cf : des budgets dingues puor des parfums et une expérience déplorable en boutique, je suis toujours surpris par le décalage entre la pub et Marionnaud aux Halles…)
  2. les publics doivent être bien ciblés :
    - mettre les 3 blogueurs du coin (toujorus les mêmes) ne nourrit pas les autres publics mais bien seulement les communautés des mêmes influenceurs (quand communauté il y a)
    - les publics doivent avoir une proposition de valeur claire et à moment donné doivent produire quelque chose (une soirée pour une soirée, ça fera des belles images sur Flickr mais quelle trace restera qui nourrira la marque ?)

Les campagnes Comptoir des Cotonniers sont malines : un idéal de transmission entre génération. Des publics qui incarnent des univers. Une mise en avant et un projet simple. Je ne citerai pas ici le nombre de fois qu’une histoire se retrouve sans public : on dirait que certains marques souffrent du syndrome “web documentaire” à savoir qu’on se fait plaisir en prod’ mais on ne réfléchit pas à comment la campagne va être reçue voire propulsée.

Allez savoir.

C’est une autre histoire !

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