Le complexe de l’influenceur

Citoyens !

Ca s’excite auprès des observateurs du Social Media, et des pontes du marketing.

En clair, un marronnier des conversations ressurgit comme en 2008 : l’influenceur digital n’existerait pas, l’influenceur tout court est une forfanterie, ce serait le règne du hasard, du citoyen surgi de nulle part, empowered comme on dit chez Forrester.

Les élections de mid-term américaines ont semblé donner la part belle à tous ceux qui, maudissant le social media, y ont vu l’illustration du recul du web, voire le non-sens d’investir dans ces techniques là. Drôle d’attitude bien humaine : si l’un recule, c’est que l’autre l’a tué. Par contre, parler de complémentarité serait un peu trop demander, mais passons.

Bullshit.

On confond symptome et syndrome. Lu ce matin sur Twitter, qui pose finalement bien la subtilité du sujet :

“Aujourd’hui, il n’y a plus d’influenceurs sur Internet, seulement des conversations influentes”

Et là vous avez 2 écoles :

  • l’école de ceux qui lisent un peu trop vite les postulats et qui ont compris que sur internet, il n’y a plus d’individus ou groupes d’individus qui drainent des tendances de fond auprès du plus grand public
  • l’école de ceux qui ont noté la première partie de la phrase : “il n’y a plus d’influenceurs sur internet“. Ce qui est radicalement différent

Il n’y a donc (presque) plus d’influenceurs sur internet UNIQUEMENT : c’est en partie vrai

  • d’abord parce ques les gens qui s’expriment sur le web sont des individus réels. Avec la fongibilité croissante du web et du “réel”, ce qui se passe à Dallas-Digital est en fait ce qui se passe VRAIMENT à Paris, en Ardèche, au comptoir d’en face. Bruno Lemaire citait ce matin un blog du coin pour étayer son argument. On draguait hier une nana rencontrée en soirée sur Facebook. On allait demain à la boutique trop chouette parce qu’elle proposait un T-shirt gratuit à son millième follower sur Twitterz
  • dans cet écosystème, le promoteur de soirée par exemple, historiquement “influent” pour vous faire entrer dans les soirées les plus intéressantes, se retrouve propulsé au rang de super-star sur le web. Il n’est pas devenu un “influenceur sur internet” : il a simplement utilisé un levier en plus à son arc qui lui permet de coordonner toute son artillerie. Le chef de file des gauchistes anonymes a su se fédérer en ligne : il est toujours influent pour un certain sérail, il est simplement existant AUSSI sur internet
  • rares sont donc les “influenceurs” existant et influençant uniquement sur Internet. Un contre-exemple de plus : c’est parce que Romain Collin est d’abord un formidable designer/sniffer de tendances In Real Life qu’il a eu la matière et le talent pour pousser Fubiz. Si je recherche des influenceurs influençant uniquement sur Internet, je ne trouve au final…aucun exemple. Ce serait tout simplement une “coquille vide”. A la table ronde “citoyenne 2.0″ de NKM, on avait  autour de la table, en vrac : des communicants, des VC, des serial entrepreneurs, proches de certains réseaux d’influence
  • les expériences d’opérations blogueurs où l’on oubliait la pertinence au profit du réseau de copains d’agence (ne niez pas) ont peut-être fini par tendre les annonceurs qui par rejet commencent à ne plus supporter les 100 intrigants parigots, sans forcément grand talent

Vous secouez le tout et vous avez :

  • un phénomène de vengeance passager de ceux qui ont été honnis pendant quelques (longs) mois : les publicitaires
  • un phénomène de rejet du blogueur bloguesque (une nouvelle fois, un mal bien français : ce débat sur les influenceurs n’existent déjà plus depuis 2 ans aux Etats-Unis…Je dis ça…)…donc de l’influenceur SUR internet
  • et plus globalement un problème d’égo de l’influenceur :
    - seul Alain Delon peut dire de lui-même qu’il ne comprend pas pourquoi le succès arrive

Dans tous ces couloirs de fausse modestie, on peut faire appel à un bon éclaireur, l’ami Jon Cohen. Jon Cohen, est le Co-CEO de Cornerstone, et résume bien la confusion entre l’individu influenceur et l’usage que les marques font -ou ne font pas, d’ailleurs- de l’influence.

“les marques établissent leur consistence en faisant de grandes choses, ce n’est pas forcément du fait qu’une marque se plie entièrement à la volonté d’un seul individu. Tu ne peux pas faire semblant avec ce type d’attitude, et parvenir à créer une espèce de mouvement du jour au lendemain est impossible ; il ne s’agit pas de payer une seule personne ou une seule entreprise en lui demandant de porter un produit ou de co-créer une idée ; il s’agit de parevnir à embrasser totalement un mouvement culturel en créant un vrai partenariat avec celui-ci. Le concept d’influenceurs “isolés” est dans ce mouvement ridicule et hors de contrôle”

Il n’y donc pas d’influenceurs sur internet. Il y a des conversations influentes, portées par tout un agrégat de forces s’affrontant, se rassemblant, emportées parfois par le média ou non qu’il importe de décrypter. Et derrière, il y a ces personnes qui poussent ces idées : ces personnes là sont les “influenceurs”. Avec donc comme prisme initial non pas un support, “l’internet”. Mais bien une pertinence d’abord avec un sujet, à défricher eu égard de données structurelles, culturelles, d’opportunités parfois. Les conversations arrivent -très- rarement aux oreilles d’un public cible par hasard…

So far, so true.

Rendez-vous sur Hellocoton !

7 Comments

  • 05/11/2010 - 11:15 | Permalink

    So f***ing true!!!!

    “Mais bien une pertinence d’abord avec un sujet, à défricher eu égard de données structurelles, culturelles, d’opportunités parfois”

    Je sens dans cette dernière phrase une allusion à l’”intelligence”, à l’expertise nécessaire pour générer, prendre part à des conversations influentes… Et qui appartient notamment aux “planneurs strat’” mais aussi à toutes les personnes qui ont un certain flaire, un certain sens de la société, des rapports humains, qui aiment voyager, apprendre (dans la vie réelle et sur le web) et qui s’immergent dans les données, les contenus.

  • 05/11/2010 - 11:22 | Permalink

    quid des réseaux ?

  • 05/11/2010 - 11:26 | Permalink

    Encore une fois il faut comprendre que comme tu dis c’est du bullshit!! Si je prend comme exemple The Sartorialist on sais bien que son influence est avant tout dans la vie réel, sa capacité a été de la banaliser hors de l’univers fashion VIP.

    Même quand le web n’existe pas les tendances se sont formé dans des petites groupes, des rassemblement, dans les bidonvilles (pour exemple le jazz).
    Penser que web/blog/internet = influence est comme penser que l’influence on peut la “piloter en laboratoire”

    yeahh!!

  • 05/11/2010 - 11:37 | Permalink

    @Mry je dirais que le réseau est cette interface formidable entre l’individu et…toutes les caisses de résonnance (mais je n’aurai pas la prétention de pouvoir te répondre en détails :D ). Néanmoins le réseau pourrait permettre :

    - d’être introduit plus vite dans une “caisse de résonnance” ou de “reconnaissance”
    - d’avoir accès à de l’info à plus forte valeur ajoutée (donc potentiellement d’être plus pertinent) (donc d’être plus fort / donc d’être dans une boucle vertueuse, encore faut-il s’arrêter aux affinités encore contrôlables)
    - de pouvoir ensuite coopter, donc fédérer

    après…

  • 25/11/2010 - 23:55 | Permalink

    Ce billet contient une erreur. Il est indiqué :
    “Le chef de file des gauchistes anonymes a su se fédérer en ligne”.

    A ma connaissance “il” (vive Delon) n’a rien su. En papotant avec tout le monde, “il” s’est juste fait un tas de potes. A ma connaissance, “Il” ne gagne strictement rien avec ses blogs et ne revendique strictement rien, sauf, à la limite, la première place d’un classement de blogs essentiellement basé sur la taille du réseau social. En outre, “Il” est un des rares à publier “son audimat”.

    A ma connaissance, la seule influence que je peux avoir est quand je rappelle à des blogs de gauche qu’ils n’ont aucune influence… et qu’ils me croient.

  • 26/11/2010 - 13:50 | Permalink

    @Nicolas je comprends pas ton commentaire en fait (et entre nous, je ne pensais pas à ton blog…) (l’exemple aurait pu être n’importe lequel “chef de file”, aussi du lait etc.)

    Ou alors tu as juste un égo surdimensionné, espèce de blogueur /D

  • 26/11/2010 - 15:49 | Permalink

    Mon égo (et l’heure avancée…) m’a fait chavirer : je pensais que tu citais un exemple précis.

    Je voulais juste dire, en lisant la paragraphe en entier, que ce dernier est “faussé” : il laisse entendre qu’il y a eu une démarche volontaire pour se générer une quelconque influence, ce qui n’est pas le cas.

    Je ne sais pas quel est ton job, ta passion, … Mais nous autres ne bossons pas dans la communication, le CEO, … Nous ne faisons que bloguer par passion de l’écriture et des échanges avec les copains. Par exemple, il y a 360 000 blogs chez Wikio, dont 359000 qui s’en foutent de l’influence, telle que tu peux l’imaginer à force de réfléchir sur le sujet qui, visiblement, te passionne (et moi aussi, mais pas en tant que taulier de PMA).

    En fait, je suis tordu, ça fait 22 ou 23 mois (non consécutifs) que mon blog est premier du Wikio Politique et il a été une dizaine de mois premier du classement général Wikio. J’en ai pris plein la gueule vu que mon blog n’est pas spécialement sérieux (j’en ai pris aussi plein la gueule pour le blog techno qui a été quatrième du classement High Tech) à propos de cette influence que, parfois, mes réactions sont un peu… abusives dès que j’entends parler d’influence des blogs…

  • Leave a Reply

    Your email address will not be published. Required fields are marked *

    *

    You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>