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Le jour d’après. #Brexit

5h30 à Londres et une confidence sur l’oreiller qui sonnait comme une blague venait donner le ton de ce vendredi 24 juin 2016.

Les Britanniques quittent l’UE; dont acte.

Le bruit médiatique; le bruit des revanchards, tous les perdants de cette modernité qui va trop vite, montait à travers les statuts Facebook et autres commentaires d’articles de presse. De l’autre bord, rapidement, les jugements hâtifs; une débilité au sens latin du terme : certains réclamaient l’éradiction de l’anglais des institutions européennes, d’autres souhaitaient mettre au pilori les Britanniques car “c’est bien fait”, d’autres en appelaient au réveil de la Nation, d’autres enfonçaient des portes ouvertes en rappelant que “ça fait des lustres que ça part en vrille”. Merci bien.

La faute des médias ? Aussi. Mais d’abord de nous tous : nous sommes des idiots.

Ce Brexit vient de pénaliser toutes ces jeunesses britanniques qui rêvent de voyager dans les 27 pays de l’UE. Des jeunesses dont on ne parle pas vraiment à part sous des acronymes comme Y ou Z.

Pourtant la revanche n’a jamais créé la paix ni le rêve de vivre ensemble, qu’elle soit armée ou de tweets.

Construire des fabriques à citoyen, plus des nations

Londres s’est faite sur l’immigration; dans mon staff, 50% des membres de l’agence viennent de pays de l’UE, un quart est britannique, un quart est américain. Une composition classique où le maître-mot est une certaine façon de travailler, une certaine façon de se respecter.

Pour un entrepreneur sur fonds propres, à Londres, entendre les discours sur le retour à la nation, dépossédée de sa souveraineté (sic), semble comme une réalité parallèle avec ce quotidien bien concret, une intellectualisation dangereuse.

“L’illusion de la Nation est portée par les mêmes naïfs qui ne se reconnaissent déjà plus d’un patelin à l’autre”

Qu’est-ce qui fabrique du citoyen aujourd’hui ? Spontanément pour moi ce matin : le cercle du travail et la volonté de travailler ensemble pas juste pour un job alimentaire mais pour y apporter sa patte; peut-être les nouvelles familles et la volonté de construire un monde avec plus d’opportunités pour les petits; peut-être quelques livres ou films qui ouvrent les yeux sur des mondes inexplorés.

Il faut recréer des fabriques à citoyens; ces fabriques sont rares car les standards de réussite sont anxyogènes en 2016 : dans l’économie numérique, le nombre millions levés; chez les perdants de la modernité, le nombre d’étrangers reconduits aux frontières. Belle époque. Nous ne sommes que des idiots, riches ou pauvres, des idiots.

Le jour d’après.

Alors qu’est-ce que ça change concrètement, le Brexit pour nous autres, étrangers à Londres et entrepreneurs ? J’aimerais intellectualiser et parler économie. Pourtant tout de suite, là, je m’en fiche.

Je m’en fiche car l’élément le plus concret sera de rajouter ou non une ligne de taxe d’import / export dans mon logiciel de comptabilité. De devoir – ou non – ou peut-être pas – sponsoriser des ressortissants de l’UE pour continuer à travailler à l’agence. Voilà la traduction la plus “concrète” du Brexit à mon petit niveau. Est-ce intéressant ? Je ne crois pas à l’échelle d’un citoyen.

Mais au niveau beaucoup plus important; celui de l’impression de se sentir bien ou non avant de dormir, plusieurs conséquences :

  • arrivera-t-on à se sentir suffisamment le bienvenu dans ce pays afin de continuer à y construire des bribes de vie ? Et bien à Londres, évidemment ce vendredi, oui : l’énergie y est comme nulle part ailleurs; chacun y cherche son chat avec plus ou moins de succès; les gens qu’on voit le matin ressemblent à ces rêves faits autrefois d’un meilleur vivre ensemble; les Britanniques en présence sont encore plus tristes que nous. Embrassons un Britannique. Surtout jeune. Soyons idiots.
  • arrivera-t-on à sortir de cet entresoi et de parvenir à changer le monde au-delà de nos micro-réseaux ? Je l’espère : ceci implique pour le coup un vrai rêve européen qui ne soit pas basé sur des textes mais sur des faits : un coucher de soleil entre Erasmus m’a toujours plus donné la foi qu’un traité. C’est idiot.

Il n’y a qu’une seule chose qu’aucune institution ou qu’aucun dictateur ne parviennent jamais à enlever; ce n’est ni le passeport, ni les biens personnels. C’est la solidarité de fait. La seule solidarité qui induit du changement, une compréhension et un amour de l’autre, de sa peau, de sa religion, de son passif et de ses actifs. La solidarité de fait.

Alors aujourd’hui plus que jamais, je vais continuer à faire mon maximum pour être plus solidaire en faits et gestes; peu importe le visa, tant qu’on devient plus idiots que le jour d’avant.

 

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