Posts tagged ‘accès à l’information’

August 26th, 2011

Twitter : un business comme un autre où l’information n’est pas centrale

by Laurent Francois

Citoyens !

J’ai une gêne de plus en plus forte à utiliser Twitter ces derniers jours. Une gêne que je n’avais pas ressenti au début (2007) et qui commence à m’agacer à outrance…notamment le mythe énoncé dans énormément de médias et auprès d’énormément de groupes d’activistes :

“TWITTER, C’EST LA CHANCE DE DONNER L’INFORMATION POUR TOUT LE MONDE, EN TEMPS REEL, PARTOUT ET TOUT LE TEMPS”

C’est à la fois vrai…pour une minorité de sujets (séisme, tremblements de terre, guerre médiatisée…) qui concentre une énorme partie d’attention médiatique. Et parfaitement faux pour une majorité de sujets. Surtout, ce n’est pas le nerf de la guerre pour Twitter.

Cornell University et Yahoo Researh rappelaient que “a small minority of users–around .05% of the site’s population–are generating half of all Twitter posts“. De là, 2 conclusions possibles :

  1. on est un croyant du “two-step flow” cher à Paul Lazarsfeld et on imagine que des “propulseurs” vont pousser les “tweets” d’information auprès de l’ensemble des niches…
  2. …ou bien on est un cynique et on pense que cette conjoncture n’arrive que très rarement. Car le business de Twitter, ce n’est pas l’information “noble”

A -Twitter est composé d’une majorité d’utilisateurs en petits “clusters” qui ne sont pas en premier lieu concerné par l’information

Linkfluence rappelait “que sur le web, les individus se rassemblent par affinités communes et prennent la parole sur les sujets qui les passionnent, échangeant et faisant communauté autour de ces thématiques. L’influence de même se distribue en fonction de ces sujets, un individu ou un site web n’est pas influent dans l’absolu, il l’est sur un sujet et son pouvoir de prescription ne se réalisera que lorsqu’il l’appliquera à son domaine d’expertise ou d’autorité”. En clair : si je tchatche en ligne, c’est d’abord pour nourrir un bavardage avec des gens comme moi (hypothèse bisounours : nous sommes tous des sociologues et donc nous allons tous porter la science vers l’avant. hypothèse rationnelle : on va parler de la fête de la veille avec son groupe de potes ou commenter en live une émission TV…). Ce qui veut donc dire qu’une majorité d’utilisateurs va suivre de grosses dizaines de personnes maximum, ceci afin de parvenir à garder la main et l’ergonomie pour converser. Un système de SMS amélioré en quelques sortes. Où l’actualité en soi n’est pas la préoccupation principale…

B – En contrepartie de quoi Twitter essaie d’injecter du 2-step flow via les comptes officiels et / ou suggérés et détruirait même la neutralité du réseau, donc l’offre d’informations

Ces logiques de clusters posent un problème à terme pour la valorisation réelle de Twitter : comment faire du business si les “clusters” ou petits groupes d’utilisateurs ne sont pas adressables “verticalement” ? C’est tout l’enjeu des comptes officiels : injecter des verticalités au milieu des groupes d’individus. Certaines fonctionnent plutôt bien (ex : industrie de l’entertainment, médias d’informations…) ; n’empêche qu’on retourne dans une logique d’oligopoles où on réinjecte les “bienheureux acteurs” y compris pure players dans l’expérience quotidienne des citoyens. Et qu’on se le dise : Twitter n’a pas vocation à l’impartialité ni à l’exhaustivité (c’est un business) ce qui pose fondamentalement un problème concernant la qualité de l’accès à l’information. En étant provocateur, Twitter est sans doute un des problèmes (ou symptômes) de la faiblesse du discours sur la neutralité du réseau. “Ce principe exclut ainsi toute discrimination à l’égard de la source, de la destination ou du contenu de l’information transmise sur le réseau.” Twitter est de fait discriminant car introduit des logiques de CRM : écarter les mauvais payeurs. Écarter les mauvais consommateurs. Valoriser les bons clients et les bons consommateurs aka ceux qui un jour injecteront l’argent.

C- Les clusters n’aiment pas être violemment mis en rapport et réduisent donc le champ des possibles ainsi que les points de vue

C’est aussi un point de vue cynique : rares sont les brillants commentateurs du web qui polluent les newsletters digitales aimant le contact avec des communautés d’auditeurs de Skyrock. Rares sont les clusters pro-palestiniens qui conversent avec bonheur avec des communautés pro-israéliennes. On parle beaucoup de point Godwin : dans le cas de twitter, tout est mis en œuvre pour faire une forme de guerre “preemptive” contre ces clashs.

Twitter, serait-ce le mal ?

A mon sens, non. Simplement d’un point de vue de logique d’influence digitale, Twitter est juste un marais belliqueux, qui ne salit pas les mains mais qui peut pourrir les esprits pour qui sait contrôler ses codes. Un peu comme l’implantation de télégraphes pendant la guerre civile américaine, contrôler les facteurs de propulsion de l’information, c’est contrôler le premier la narration d’un sujet, où simplement parler d’un sujet lui-même.  Et s’il n’est pas un marais belliqueux, il est simplement un endroit intéressant pour des passionnés d’échanger quelques bons mots, quelques bonnes ressources…entre autres endroits pour le faire. Il n’est donc pas un endroit où le traitement de l’information serait aidé, ou optimisé. Twitter est un business, un outil. Et seulement ça

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August 20th, 2010

Y a-t-il un trop plein d’informations sur le web ?

by Laurent Francois

Lilzeon aka L.Francois / Daily Dust / a photoblog in Paris

Citoyens !

On lit à outrance que l’infobésité – notion née en 2006 avec le haut débit accessible par tous- de notre monde de flux détruirait in fine la qualité de l’information. Pour Nicolas Voisin, “l’information vit l’instant qui suit celui de la destruction de valeur“. Pour Wired et Anderson,   “Google perd la main, lui dont la force est de connecter et d’organiser les contenus créés par d’autres. Et comment Facebook ou iTunes gagnent du terrain, eux qui choisissent de garder le contrôle sur leurs outils (Steve Jobs est d’ailleurs un fervent partisan de ce système). Une économie “à l’ancienne”, selon Wolff, qui conclut son article en écrivant “après un long voyage, nous sommes de retour à la maison”.

Pourtant, il semblerait que l’on confonde symptômes et syndrome :

  • les symptômes : une perte de sens relative, une crise de la presse, parfois même des nouvelles pathologies (nervous breakdown avec injonction de lâcher le blackberry)…
  • le syndrome : et c’est là que le bas blesse; il s’agit d’un changement d’usages côté utilisateurs / lecteurs / audiences / contributeurs, de nécessaire glissement de vision côté presse (un jour, la rédaction .com devra aussi faire de la télé) et d’une guerre économique qui vise soit à éduquer (ex : NY Times) soit à simplifier (ex : Apple désengagé des réseaux sociaux et son monde d’applications en push).

Louis Morales-Chanard précise le scope du débat :

“Car s’il s’agit d’un phénomène souvent associé à Internet (qu’on accuse de démultiplier les sources et de fragmenter la légitimité à produire de la connaissance), la saturation d’informations est avant tout un effet pervers de la société d’information dans sa globalité -y compris les trivia sur les emballages de produits ménagers”.

En clair : le problème n’est pas le volume de données, mais son traitement, l’accessibilité auprès des publics du produit raffiné, et son historicité.

  • au sujet du traitement de l’information : dès 1934, Paul Otlet expliquait que “le travail de documentation se présente sous un triple aspect : il importe tout d’abord de collectionner et de classer méthodiquement tous les titres de ce qui a été écrit et publié dans les différents pays et aux diverses époques ; puis, l’oeuvre s’élargissant, il y a lieu de réduire en leurs éléments toutes les publications et tous les écrits et de les redistribuer pour en former des dossiers conçus comme les chapitres et les paragraphes d’un unique livre universel ; enfin, devant l’abondance des documents, le besoin s’impose de les résumer et d’en coordonner les matériaux en une Encyclopédie universelle et perpétuelle”.
  • accessibilité auprès des publics du produit raffiné : 2 éléments
    - l’accessibilité a peu à voir avec un moyen purement technique (tout le monde sait installer un plugin…) mais bien avec la capacité à répondre à un objectif qui se base sur l’expression d’un besoin d’un utilisateur. En clair  : “Tom Glocer ajoute un second enseignement : le traitement de l’information doit être adapté en fonction d’un objectif précis. C’est cette utilisation de la ressource, vers une transformation pour un usage final, qui donne la valeur de l’information“. Valeur qui peut bien sûr être diffusé par un schéma d’influenceurs ou de caisses de résonance afin de toucher le public final
    - produit raffiné : il existe une myriade de traitement de la matière informative, de la data. Tout comme le pétrole qui peut ensuite servir à l’industrie pharmaceutique (soigner un cancer du poumon) ou à produire du super sans plomb (qui augmente les chances d’avoir un cancer du poumon…), il importe d’avoir une notion de l’input et de l’output. J’ai presque envie de dire que produire un simple article est insuffisant : y a-t-il matière à l’événementialiser ? A faire écho à un dossier affinitaire ? A appeler les internautes à participer par le biais d’un sondage ? A pourquoi pas le soumettre à des marques pour nourrir leur positionnement ou améliorer leurs services ?
  • historicité : depuis que les journalistes sont supposés avoir perdu la main afin d’être les premiers à sortir l’info (ce bon vieux mythe auquel je ne crois qu’à 3% : seuls les journalistes sont payés pour produire de l’info et éventuellement investiguer, donc avoir accès à ce qui est rare, donc cher…), il importe de mettre un sens à l’histoire. Il est vrai qu’aujourd’hui, le premier rapport qu’on entretient avec une page d’accueil de média est une rivière de news qui bâtonne à tout va, un peu comme les flashs radios. La vraie guerre sera bien sûr dans la capacité à continuer à sortir par coups (des accélérateurs de bouche-à-oreille) l’info que personne n’avait…Coup qui rapidement est rattrapé par la concurrence, qui perd donc dans le temps de sa valeur…mais qui peut retrouver une seconde jeunesse via des dossiers qui s’appuient sur les dizaines d’années d’archive des médias, sur une optimisation de ce dossier via l’intervention de nouveaux interlocuteurs. Si le cinéma gagne toujours de l’argent via les sorties en salle, les marges naissent surtout dans les goodies, dans les DVD, dans les partenariats avec des marques, via des RP…Bref par une extension du cycle de vie du produit

En guise de conclusion, on peut en fait être rassuré par les milliards de données, par le volume croissant de conversations ou de sujets :

  • parce que cette extension ne “finit” pas le monde mais permet au contraire de multiplier les opportunités de création de valeur dans le temps. Des opportunités de curation et de co-création.
  • parce que ce n’est pas parce que le bruit est incessant qu’il n’est pas possible de le faire taire et de l’orchestrer. Ex : dans un concert, le brouhaha est au début suffocant, puis l’artiste prend d’une certaine manière l’agenda et le lead, entrecoupé par des applaudissements : un “bruit qui pense” comme dirait Victor Hugo.

L’enjeu est finalement d’arriver à produire du silence et de la distance : pas à réduire le volume de données ou d’informations.

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April 16th, 2009

Twitter explose, le lien direct à l'information aussi. Marques, agences, annonceurs : vous attendez quoi pour apporter de la valeur ?

by Laurent Francois

Cross Visiting Report of Twitter.com Visitors and Selected Leading Online News Sites

Total U.S. Internet Penetration
Penetration of Twitter.com Visitors
Index
Total Internet
100.0
100.0
100
Yahoo! News
22.1
36.0
163
CNN
17.4
38.1
219
MSNBC
15.2
32.2
212
AOL News
14.3
32.0
224
NYTimes.com
5.7
15.7
275
LATimes.com
2.7
8.0
296
Wall Street Journal Online
2.4
6.7
276
HuffingtonPost.com
2.2
9.1
419
Chicago Tribune
1.7
5.2
306

C’est en train de se passer : le microblogging est juste en train d’exploser aux Etats-Unis.

“So these data firmly establish that there’s a strong relationship between Twitter users and news consumption. But the chicken-and-egg question continues to gnaw at me: Is it that the real-time “newsiness”of Twitter inherently attracts news junkies, or is it that the mainstream news attention on the site is pushing more and more news consumers to get on Twitter for the first time?”

Et il y a la preuve d’un lien direct entre accès à l’information et microblogging

Marques, annonceurs, agences : dans ce monde de conversation, d’information-party-players, comme dirait le dicton anglo-saxon : bring your own booze, apportez de la valeur. C’est le moment.

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